Argentine: la bataille pour la dépénalisation de l'avortement

Le 8 mars a été l'occasion d'une énorme manifestation pour réclamer le droit des femmes à l'avortement

Dans la très (trop) catholique Argentine, existent de  nombreuses restrictions à l'avortement. Il est toléré uniquement en cas de viol, d'inceste ou de risque vital pour la mère mais cela reste soumis à l'appréciation d'un juge et de nombreux juges réactionnaires s'y opposent même dans des cas de viol avéré, certains allant jusqu'à suggérer des "mariages de réparation" aux victimes. cet état de fait a pour conséquence 500 000 avortements clandestins par an (dont beaucoup d'adolescentes), et leurs séquelles pour des milliers de femmes (décès ou stérilité suite à des infections).

D'autre part, l'absence d'éducation sexuelle au collège (entre autres du fait, comme chez nous, de sournoises polémiques entretenues contre une prétendue "théorie du genre" par la hiérarchie ecclésiastique) n'aide pas à éviter les grossesses non voulues et trop précoces.

La force du mouvement féministe et le poids de l'opinion publique (environ 60% d'opinions favorables à la levée des restrictions existantes d'après plusieurs sondages convergents) a pourtant obligé le gouvernement à accepter d'ouvrir le débat législatif, nonobstant l'opposition de l'Eglise catholique encore très influente même si en perte de vitesse, car les scandales de pédophilie révélés ces dernières années ont considérablement affaibli la prétention du clergé argentin à régenter la morale publique.

Il semble à ce stade du processus que les partisans de la dépénalisation soient légèrement majoritaires à l'Assemblée mais minoritaires au Sénat, où le poids du patriarcat péroniste "canal historique" reste important.

La droite gouvernementale est très divisée sur ce sujet entre ses éléments les plus libéraux et les conservateurs traditionnels qui constituent le gros des troupes. Le président Macri devra probablement accorder la liberté de conscience à ses députés.

Le calendrier législatif va inscrire la dépénalisation à l'ordre du jour des commissions puis du débat en session plénière pour le mois de juin. D'ici là, la mobilisation massive des femmes et des hommes progressistes devrait permettre de changer la loi dans un sens moins restrictif.

 

 

 

 

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