Dépénalisation de l'avortement en Argentine: le combat continue

Le projet de loi voté par les députés doit être traité au Sénat la semaine prochaine

Après être passé de justesse à la Chambre des Députés (grâce au retournement de dernière minute de deux députés de La Pampa par le gouverneur Verna qui a quelques comptes à régler avec le gouvernement et qui a sauté sur l'occasion pour montrer qu'il gardait un certain poids politique), le projet de loi dépénalisant l'avortement va maintenant arriver au Sénat.

Les mobilisations populaires massives organisées depuis plusieurs mois par un mouvement féministe de plus en plus puissant (y compris pendant la longue nuit du débat parlementaire où des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes ont manifesté avec enthousiasme et détermination autour de la Place de Mai) ont eu raison du conservatisme patriarcal de beaucoup de députés ainsi que de la campagne hystérique des "antis", dont le noyau dur est constitué par l'aile catho-réac du parti présidentiel PRO, représentée par Esteban Bullrich, et la Coalition auto-proclamée Civique d'Elisa Carrio, dont les accusations délirantes et excès de langage récurrents indisposent de plus en plus ses alliés.
Le pape Bergoglio (qui ferait mieux de s'occuper de ses curés pédophiles) a encore récemment qualifié l'avortement de "nazisme en gants blancs", mais dans l'Argentine du 21ème siècle, l'influence des cléricaux est en forte régression.

L'UCR et les péronistes se sont montrés partagés, surtout sur une base géographique manifestant la coupure en deux de l'Argentine entre une région métropolitaine où la loi a obtenu une large majorité et les provinces du nord-ouest et du centre soumises à la double emprise du cléricalisme et du caudillisme, alors même que ces provinces souffrent d'un taux d'avortements clandestins particulièrement élevé: une gynécologue de Catamarca décrivait récemment les situations catastrophiques auxquelles elle est confrontée du fait de femmes arrivant aux urgences après des avortements clandestins conduits dans des conditions d'hygiène déplorables.

Compte tenu du nouveau rapport de force établi dans le pays, le chef du bloc péroniste de droite au Sénat, le sénateur Pichetto, a laissé entendre que son groupe permettrait l'adoption de la loi.

Quant au président Macri, qui, sentant probablement l'évolution de l'opinion, a eu le flair politique de permettre que le débat ait lieu, il s'est cependant bien gardé d'y prendre part, ce qu'il pouvait faire de mieux compte tenu des divisions internes de Cambiemos sur le sujet. Mais la dépénalisation de l'avortement ne va pas améliorer ses relations avec Bergoglio et le haut clergé local.

 

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