Covid-19: la fièvre monte à Buenos Aires

La province de Buenos Aires et la capitale concentrent 95% des cas et les autorités y durcissent les mesures de limitation de la circulation.

Depuis une dizaine de jours, le nombre de cas déclarés augmente en Argentine (on en est à 2000 par jour) et le nombre de décès aussi (20 à 30 par jour). On est encore très loin de la situation désastreuse des voisins chiliens et brésiliens: le taux des décès liés au Covid-19 est plus de 10 fois inférieur en Argentine à ce qu'il est au Brésil, mais la fragilité du système de santé incite les autorités à un redoublement d'efforts pour limiter la propagation de l'épidémie.

Les mouvements entre la capitale et la banlieue sont réduits aux travailleurs dits "essentiels" et tous les permis de circuler précédemment accordés doivent être revalidés.

Le reste du pays compte quelques foyers, en particulier le Chaco et aussi, dans une moindre mesure, Neuquen, Cordoba et Rio Negro mais le gros de l'épidémie reste concentrée dans le Grand Buenos Aires, la zone identifiée comme AMBA (Area Metropolitana de Buenos Aires) qui constitue le coeur administratif et économique du pays et sa principale concentration démographique: une douzaine de millions d'habitants, dont 2 millions entassés dans des "villas miseria" et autres zones d'habitat précaire où la prévalence des comorbidités les plus fréquemment associées au Covid-19 (hypertension, diabète, obésité) est particulièrement élevée.

L'évolution de la population des décédés montre bien que l'épidémie, dont les premières flambées significatives avaient touché en avril les institutions gériatriques de la Capitale, atteint désormais des populations plus jeunes dont beaucoup vivent dans la précarité.

La semaine dernière, l'âge médian de tous les décès attribués au Covid-19 était encore de 74 ans (contre 84 ans en France) mais si l'on analyse les 25 décès relevés hier, on découvre que leur âge médian est inférieur à 60 ans. En France, et plus globalement en Europe, plus de 90% des décès concernent des gens de plus de 65 ans, ce qui n'est pas le cas en Argentine.

La différence ne peut s'expliquer par des facteurs génétiques, puisque pratiquement tous les Argentins sont des descendants d'immigrants européens (en grande majorité d'origine espagnole et italienne).

Ce sont très certainement les comorbidités multiples dont souffrent en plus grand nombre et avec plus d'intensité les patients argentins qui expliquent ce différentiel d'âge au décès. De plus, en Argentine, et particulièrement dans les classes populaires, encore trop d'hypertendus et de diabétiques ne sont pas diagnostiqués et donc pas traités.

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