Coronavirus: il est encore trop tôt pour être optimiste

L'épidémie continue de s'étendre en Chine et ailleurs.

L'épidémie continue de s'étendre en Chine et ailleurs, en particulier en Corée.

Le principal facteur de diffusion est le regroupement des personnes dans des espaces confinés: après l'exemple des passagers d'un paquebot de croisière, ce sont trois prisons chinoises situées dans trois régions différentes qui sont devenues des foyers de contamination avec 500 nouveaux cas déclarés hier (dont 230 dans la seule prison pour femmes de Wuhan). En Corée, c'est un cérémonie religieuse dans le temple d'une secte protestante qui a été le point de départ d'une expansion de l'infection.
Les superstitions religieuses deviennent encore plus nuisibles que d'habitude en période d'épidémie: au Moyen-Âge, les messes, réunions de prière et processions organisées pour appeler la protection divine sur les fidèles furent des vecteurs de choix de la diffusion de la Peste Noire et d'autres épidémies. On se souvient aussi qu'une cause majeure de la propagation d'Ebola lors de la première épidémie avait été l'organisation de rassemblements familiaux lors des cérémonies funéraires organisées autour des premières victimes.

D'une manière générale, il faudrait que tout regroupement dense de personnes à l'intérieur ou à proximité des zones infectées soit soumis à des contrôles drastiques ex ante et ex post (traçage des provenances des arrivants, tests systématiques en amont, suivi en aval de tous les participants pendant plusieurs semaines). De ce point de vue les annulations du WMC de Barcelone et d'autres congrès internationaux étaient les bonnes décisions à prendre pour limiter le risque de transformation de l'épidémie en pandémie.

Le seul motif d'optimisme concernant la Chine est une tendance à la linéarisation de la courbe des décès déclarés: depuis une semaine le nombre journalier de victimes se maintient dans une fourchette de 100 à 120.

Compte tenu du décalage de plusieurs semaines entre le nombre de contaminations et le nombre de décès, ce serait un premier signe que la phase exponentielle du développement de l'épidémie serait terminée et que le point d'inflexion, y compris pour les décès, pourrait avoir été franchi.

Mais tout ceci reste sujet à caution: compte tenu de l'étroit contrôle maintenu par le gouvernement chinois sur la circulation de l'information et de l'existence probable de victimes non diagnostiquées et non déclarées dans les zones ayant peu ou pas d'infrastructures hospitalières modernes, le nombre réel de morts est certainement sous-estimé, mais dans des proportions qui sont impossibles à cerner.

Et surtout, quoique prétendent les docteurs-tant-mieux sous prétexte de ne pas affoler les populations, il n'y a malheureusement aucune certitude que la propagation de l'épidémie aux pays voisins et au reste du monde puisse être évitée.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.