Quand Proserpine régnait sur Pétropol

Voici un troisième poème de Mandelstam évoquant Saint-Pétersbourg

Ce court poème de 1916 (publié dans Tristia où il suit immédiatement le poème traduit dans le billet précédent) est encore plus imprégné par l’omniprésence de la mort, ici personnifiée par Proserpine, dérivation romaine de Perséphone qui, selon la légende, passait aux Enfers les mois d’automne et d’hiver, tous mois pendant lesquels sa mère Cérès, déesse des moissons, condamnait les agriculteurs au repos en attendant de récupérer sa fille enlevée par Pluton.

В Петрополе прозрачном мы умрём,
Где властвует над нами Прозерпина.
Мы в каждом вздохе смертный воздух пьём,
И каждый час нам смертная година.
Богиня моря, грозная Афина,
Сними могучий каменный шелом.
В Петрополе прозрачном мы умрём,
Где царствуешь не ты а Прозерпина.

Dans la spectrale Pétropol nous périrons,
Où sur nous Proserpine exerce son empire.
À chaque soupir un air mortel nous buvons
Et chaque heure est pour nous le moment de mourir.
Athéna terrible déesse de la mer,
Retire ton imposant casque fait de pierre.
Dans la spectrale Pétropol nous périrons,
Là où commande Proserpine mais toi non.

Notes sur la traduction:
J'ai décidé ici de traduire l'adjectif прозрачном (clair, transparent, limpide) par "spectrale" qui me semblait bien convenir à l'atmosphère générale du poème. les verbes властвует et царствуешь sont très proches et signifient "régner","diriger" je les ai traduit différemment pour satisfaire les contraintes de ma versification française. J'ai conservé  aux vers 1 et 3 la syntaxe amenant chaque fois le verbe à la rime.
J'ai traduit грозная par "terrible" car en français "Иван грозний" c'est Ivan le Terrible !
J'ai aussi inversé la construction du dernier vers: "Où ce n'est pas toi qui règnes mais Proserpine" qui me semblait fonctionner moins bien en français que la structure que j'ai choisie.

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