Résistance Armée Mapuche: l'embryon d'un Daech polythéiste

Ce groupe de militants « anti-colonialistes » d'origine chilienne se distingue par sa violence et son obscurantisme qui frappent indistinctement les autres Mapuches et les « Blancs ».

Les Mapuches sont un des principaux peuples premiers dont les ancêtres arrivèrent en Patagonie il y a une douzaine de milliers d'années. Leur territoire s'étendait sur la partie nord de l'actuelle Patagonie (essentiellement les actuelles provinces de Neuquen et de Chubut en Argentine et les territoires adjacents au Chili).
Les autres principaux groupes ethno-linguistiques patagoniques étaient les Pampas au nord-est (Pampa et Rio Negro), les Tehuelches installés un peu plus au sud (Santa Cruz) et les Selk'nam dans la Terre de Feu.
La colonisation espagnole ne s'étendit que très progressivement dans la région. Dès la deuxième moitié du 17ème siècle, les premiers missionnaires jésuites installèrent dans la zone de la cordillère des « réductions » destinées à encourager la conversion des « indiens » au christianisme. La plupart des Mapuches se convertirent au catholicisme tout en maintenant leurs pratiques polythéistes et animistes ancestrales. (Les Jésuites étaient passés maîtres dans l'art de gérer des compromis subtils avec les syncrétismes religieux ce qui leur valut quelques soucis avec les plus sourcilleux gardiens romains du dogme, leurs vieux ennemis dominicains qui contrôlaient la Sainte Inquisition).
Au 18ème et au début du 19ème siècle, les Espagnols favorisèrent les Mapuches dans leurs guerres récurrentes contre les Tehuelches (aujourd'hui, les Tehuelches ont pratiquement disparus en tant que tels par absorption au sein des Mapuches).
Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, la colonisation s'intensifia par l'arrivée dès les années 1850 de colons gallois qui remontèrent la rivière Chubut jusqu'au pied de la cordillère (j'ai évoqué la colonisation galloise dans mon roman Voyou sentimental) et surtout par la « conquête du désert », un ethnocide similaire à la conquête de l'ouest américain, qui fut dirigée dans les années 1880 par le général Roca, futur président de la république argentine, et dont le principal idéologue fut l'écrivain et historien nationaliste et raciste Zeballos.
Les premières victimes de la conquête du « désert » furent les indiens Pampas dont les terres les plus fertiles (actuelles provinces de Buenos Aires et de la Pampa) furent confisquées par l'État et redistribuées au sein de l'oligarchie portègne.
Au sud, dans la province de Santa Cruz, l'extermination des Indiens fut organisée dans le dernier quart du 19ème siècle, avec l'appui ponctuel de l'armée argentine, directement par les éleveurs de moutons, des latifundiaires pour la plupart d'origine britannique ayant transité par les Îles Malouines.
Aujourd'hui la population mapuche compte environ 200 000 personnes en Argentine (dont beaucoup sont en fait des métis) Une partie d'entre eux sont des descendants des Mapuches chiliens qui traversèrent la cordillère au 19ème siècle pour échapper aux massacres organisés par l'armée chilienne. Au Chili, les Mapuches sont nettement plus nombreux (plus d'un million) et ils réclament depuis des années une redistribution des terres accaparées par les entreprises forestières; le taux de pauvreté y est le double de la moyenne nationale et l'analphabétisme y est important, ce qui contribue aux difficultés socio-économique et à l'isolement culturel de cette population.
L'objectif du mouvement Résistance Armée Mapuche (RAM) qui compte quelques centaines de militants actifs et quelques milliers de sympathisants, est de constituer à cheval sur le Chili et l'Argentine un territoire libéré de toute influence « huinca » (terme désignant à la fois les populations d'origine européenne et les Mapuches occidentalisés).
C'est un programme identitaire radical visant le rejet et l'exclusion de toute influence « huinca » et entretenant une vision mythifiée et idéalisée d'un passé de pureté ethnique et d'authenticité culturelle fondée sur la religion polythéiste ancestrale.
Les homologies entre l'utopie djihadiste de reconstitution d'un califat renouant avec une prétendue authenticité islamique et le programme de RAM sont très éclairantes quant à la nature obscurantiste et réactionnaire de ce mouvement qui se prévaut de la lutte anti-capitaliste et anti-colonialiste.
Car au niveau politique, le discours de RAM mime la radicalité anti-coloniale du FLN algérien et d'autres mouvements nationaux de libération des années 1950-1970 (avec quelques touches supplémentaires de fanatisme religieux et de technophobie): « Nous ne voulons pas nous intégrer, nous voulons nous libérer, ils doivent comprendre que le principe d'auto-détermination des peuples parle de la possibilité de la rébellion, de la résistance y compris l'insurrection armée avec pour objectif le séparatisme, la prise du pouvoir et autres formes de révolution et libération nationale ».
RAM prétend éradiquer le capitalisme et tout ce qui relève de la culture « huinca » sur son territoire revendiqué et se veut à la pointe du combat contre les multinationales minières et agro-industrielles (BarrickGold, Benetton etc.).
Si le combat pour la défense de l'environnement (sachant que les glaciers patagoniques sont fortement menacés par le réchauffement climatique) est légitime, surtout compte tenu des velléités du gouvernement Macri de remettre en cause les lois de protection mises en place antérieurement (loi dites « des glaciers »), les méthodes employées par RAM et ses alliés font douter du résultat final.
Les actions les plus violentes de RAM depuis une quinzaine d'années,d'abord au Chili puis en Argentine, sont en accord avec la radicalité de son discours: des incendies de maisons individuelles (un couple de vieillards fut brûlé vif dans sa maison en 2013), et surtout d'installations touristiques (dont un refuge de montagne), de plantations forestières et d'églises catholiques (plus de trente églises ont été détruites à ce jour et en 2014 un attentat a eu lieu contre la cathédrale de Bariloche) ont été commis, des policiers mapuches ont été dénoncés comme collaborateurs « huincas », attaqués et assassinés et des habitants de toutes origines ne partageant pas leur idéologie sont régulièrement menacés et rackettés.
Le chef du mouvement est un certain Facundo Jones Huala qui est actuellement emprisonné en Argentine et en instance d'extradition vers le Chili. Dans une interview télévisée réalisée par le journaliste Jorge Lanata, il avait décrit sa société idéale comme celle des indigènes d'Amazonie vivant sans contact avec la civilisation occidentale, objectif que la plupart des Mapuches sont évidemment loin de partager...
En Argentine comme au Chili, les conflits visant à la récupération de terres au profit des communautés Mapuches opposent depuis plusieurs années ces communautés aux latifundiaires du Chubut (dont en particulier le groupe Benetton) mais tous ceux qui réclament et protestent ne partagent pas l'idéologie ni la démarche de RAM, loin de là.
En particulier, contrairement à certaines tentatives d'amalgame venues tant de la droite que d'une certaine extrême-gauche, la communauté mapuche de Cushamen (sur le territoire de laquelle se trouvait Maldonado lors de sa mort) n'est pas inféodée à la RAM même si la coupure de la route 40 qui déclencha la répression de la gendarmerie fut réalisée par une poignée de militants de ce mouvement.
La posture révolutionnaire de RAM lui a valu la sympathie et la participation à certains de ses actions armées de quelques paléo-léninistes chiliens recyclés dans l'indigénisme qui persistent dans la militarisation groupusculaire de la politique, malgré le retour à la démocratie, n'ayant décidément rien appris de leurs défaites passées.
En effet, en guise de cerise sur le gâteux, ce groupe au discours obscurantiste radical et aux pratiques brutales qui l'isolent des populations qu'il prétend représenter, est soutenu par ce qui subsiste du Front Patriotique Manuel Rodriguez (ancienne organisation militaire clandestine du PC Chilien rendue célèbre pour une tentative de liquider Pinochet en 1886) et du MIR (groupe révolutionnaire d'inspiration lénino-trotskyste surtout connu par son leader charismatique Miguel Enriquez qui fut assassiné par les militaires en 1974 et dont le fils est aujourd'hui un des candidats du centre-gauche à la présidentielle chilienne).
On peut comparer la survivance de ces groupes qui continuent de prôner la lutte armée à celle des dissidents résiduels de l'IRA en Irlande.

Il n'y a donc pas qu'en France que l'obscurantisme trouve des alliés dans la dégénérescence de certains groupes auto-proclamés « révolutionnaires ».

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