Navalny ridiculise les Pieds Nickelés du FSB

La vidéo qui montre Navalny piégeant au téléphone un de ses empoisonneurs illustre bien la déliquescence des "organes" post-soviétiques

Se faisant passer pour un assistant d'un chef des services, Navalny a fait expliquer de vive voix à l'un des coupables, un certain Konstantin Koudriatsev, le mécanisme de son empoisonnement (apparemment, par imprégnation chimique des coutures d'un de ses caleçons de rechange... ce qui vaut maintenant au FSB des moqueries pas très raffinées dont je vous épargnerai le détail).

Ce sketch affligeant révèle à quel point le FSB n'est plus qu'une pâle copie du redoutable KGB d'autrefois, ce que l'on se gardera bien de regretter.

Il est difficile de savoir si Poutine était bien le donneur d'ordre ou si l'équipe de Pieds Nickelés du FSB a agi sur instruction d'un autre des oligarques mafieux qui régentent la Russie. Personnellement, je pencherais pour la deuxième hypothèse (et Medvedev, dont la corruption a été dénoncée il y a déjà plusieurs années, preuves à l'appui, par Navalny, serait un bon candidat) mais cela n'a finalement guère d'importance, car dans les deux cas, les agents du FSB auront prouvé (comme précédemment dans l'affaire Skripal) leur incompétence et leur amateurisme de tueurs trop sûrs d'eux qui laissent de multiples traces de leur passage partout où ils vont (billets d'avion, appels de téléphones portables, images de vidéosurveillance à Londres, numéros de passeports et adresses faciles à identifier comme appartenant aux "organes" etc.) qu'ils opèrent sur leur propre territoire ou à l'étranger.
Visiblement, le FSB a un peu raté le virage du numérique en matière de protection contre l'exploitation des bases de données publiques.

Et dans les deux cas, Poutine soi-même est ridiculisé devant tous les citoyens russes et à la face du monde entier, ce qui pour un autocrate est bien plus grave que d'être simplement dénoncé par ses ennemis. Car de deux choses l'une, soit il est incapable de contrôler ses troupes, ce qui fait désordre, soit la principale structure sécuritaire intérieure de son pays est lourdement défaillante, ce qui ne vaut guère mieux dans ce genre de régime. Bref, ça sent la fin de règne.
Mais que les nombreux adversaires de l'impérialisme américain se rassurent, la CIA, la NSA, le DHS etc., toute l'énorme bureaucratie américaine du renseignement, se sont ces derniers jours collectivement révélés tout aussi piteusement ridicules que le FSB, car en matière de renseignement extérieur, la Russie a encore de beaux restes.
Le SVR (le service russe homologue de la CIA et de la NSA)  a pénétré (depuis plusieurs années, semble-t-il) des centaines d'agences américaines (dont celle qui gère les stocks étatsuniens d'armes nucléaires) avec beaucoup d'élégance: au lieu de chercher à percer directement les robustes cyber-protections des systèmes les plus sensibles, ils se sont introduits dans ces systèmes en passant par leurs logiciels ancillaires d'exploitation, se faufilant sans tambours ni trompettes par le biais des mises à jour que Microsoft, Oracle, Cisco et compagnie envoient périodiquement et automatiquement vers les ordinateurs de leurs clients.
Un avantage particulièrement intéressant (et insuffisamment souligné dans la presse) de cette technique est que les mises à jour des logiciels de base des serveurs de données et de télécommunications se font en mode "Administrateur de système", ce qui aura permis aux chevaux de Troie cosaques de bénéficier des plus hauts privilèges d'accès pour s'ébattre dans les riches prairies adverses et donc d'aller galoper un peu partout dans le cyberespace des Amerloques sans barrières ni clôtures qui vaillent. Du grand art.
Finalement, les Etatsuniens auraient mieux fait de confier la gestion de tous leurs systèmes à Huawei, qui a sûrement les moyens d'éviter les intrusions russes...
Trump, qui ne veut pas froisser son grand pote Vladimir Vladimirovitch, cherche à faire porter le chapeau aux Chinois (dont je ne jurerais pas qu'ils ne jouent pas aussi un peu à saute-cybermuraille pour leur propre compte), mais son ministre Pompeo est sûr que ce sont les Russes qui ont fait le coup.

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