Le Boeing 737 MAX en rade jusqu'à l'été (au moins)

Comme je l'avais anticipé il y a un mois (voir ici) Boeing vient de confirmer que le 737 MAX ne serait pas ré-autorisé à voler commercialement avant mi-2020 au plus tôt, citant les raisons que j'avais évoquées dans mon billet (les incompressibles délais de recertification et de formation des pilotes).

Ceci implique une impossibilité pour les compagnies de planifier le trafic de l'été aéronautique (le pic saisonnier allant de début mai à fin septembre dans l'hémisphère nord)  en comptant sur cet avion et donc un alourdissement de leur manque à gagner.

Vu l'absence de confiance des passagers américains (et autres) envers cet avion, certains clients de Boeing ont suggéré d'abandonner l'étiquette "MAX", mais le remède pourrait être pire que le mal: si l'on tente de dissimuler les B737 MAX dans la masse des B737 produits antérieurement, c'est l'ensemble de la marque B737 qui en pâtira.

Bref, vu l'ampleur de la crise, le nouveau patron de Boeing (en poste depuis seulement quelques jours, mais qui connaît bien la boutique) a du pain sur la planche: Boeing n'a livré que 380 nouveaux avions en 2019 (y compris les avions militaires) au plus bas depuis 2005 contre plus de 800 en 2018, et alors qu'Airbus en a fourni 806 (dont une grande majorité d'A320 et 321 Neo, le principal concurrent du 737 MAX).

Un signe qui ne trompe pas quant à l'inquiétude grandissante "des marchés": suite à la mauvaise nouvelle de la prolongation de l'immobilisation des 737 MAX, la cotation de l'action Boeing a dû être suspendue pendant 40 mn hier à Wall Street, et a terminé la séance en baisse de 3,35% après un plus bas de -5,5%. Le 11 mars dernier, Boeing avait déjà perdu 25 milliards de dollars de valeur de capitalisation en une seule journée et ce n'est à mon avis pas fini...

Cela étant, Boeing pèse d'un trop grand poids dans le complexe militaro-industriel étatsunien pour faire purement et simplement faillite, mais un "spin-off" des activités militaires (afin de pouvoir organiser une fusion avec un autre acteur du secteur, fusion qui serait évidemment cornaquée par le Pentagone) n'est plus à exclure.

 

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