Benalla et le Secret-Défense

L'habilitation de Benalla au Secret Défense (SD) l'a-t-elle aidé à monter certaines de ses combines affairistes ?

La Macronie nous a benoîtement expliqué que l'habilitation de Benalla était justifiée par son rôle dans la coordination de l'organisation de la sécurité du Président au cours de ses déplacements en France (les horaires, trajets et lieux de destination du Président étant des informations classifiées SD pendant la phase de préparation).

Bien que l'habilitation SD soit restreinte par "le besoin d'en connaître" selon la formule consacrée, vu la propension de Benalla à élargir sans cesse son réseau de relations et ses sources d'information à des fins personnelles, on peut se demander si cette habilitation ne lui a pas servi entre autres choses à obtenir ponctuellement et partiellement accès à des informations relevant des opérations militaires en cours en Afrique voire à des compte-rendus du Conseil de Défense, et ce afin d'obtenir ainsi en avance de phase des informations utiles à ses petites affaires.

Je me suis posé la question lorsque j'ai appris que le motif de sa rencontre au Tchad avec le frère du Président puis le Président lui-même était de monter, avec son compère Hababou-Solomon, un franco-israélien ayant derrière lui un lourd passé d'escroc, une opération de fourniture d'uniformes à l'armée tchadienne. Du fait du rôle essentiel du Tchad dans le dispositif de lutte contre les djihadistes sahéliens, les problèmes logistiques de l'armée tchadienne et les mesures à prendre pour les résoudre devaient faire fréquemment partie des questions discutées à l'Elysée et avec Matignon au cours ou en marge des réunions du Conseil de Défense.

Imaginons un instant que Benalla, du fait de son poste à l'Elysée, ait eu vent d'un certain montant d'aide financière française destinée à financer un lot d'équipement de l'armée tchadienne. Connaître cette information confidentielle en amont (et peut-être même avant que la décision n'ait été notifiée aux intéressés...) serait fort précieux pour quiconque voudrait se placer auprès des autorités tchadiennes en position de fournisseur ou d'intermédiaire pouvant se prévaloir de relations au plus haut niveau des autorités françaises, relations dont la réalité se trouverait confirmée par la possession d'informations encore très confidentielles.

Vu sous cet angle, le voyage d'affaire de Benalla au Tchad s'éclairerait d'un jour nouveau. Je ne compte pas trop sur l'Elysée pour dissiper mes soupçons à ce sujet, mais peut-être que les prochaines investigations de Mediapart nous en apprendrons un peu plus...

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