Pour en finir avec l'acharnement thérapeutique

La pathétique prestation de Theresa May hier après-midi montre que l'acharnement thérapeutique est une mauvaise chose.

J'ai suivi hier à la BBC la présentation par Theresa May de sa quatrième (et probablement dernière) tentative de faire voter par le Parlement britannique l'accord qu'elle a négocié avec l'UE. Les quelques concessions accordées à l'opposition sont trop faibles et viennent trop tard, d'autant plus qu'elle a en même temps cherché à ménager les plus extrémistes des conservateurs en réitérant ses propositions irréalistes de gestion du problème de la frontière irlandaise à base de fumeuses allusions au déploiement de nouvelles technologies.

Les critiques de tout bord qui ont accueilli sa prestation montrent que son projet d'accord est bel et bien "mort dans l'eau" comme disent les Anglais et que l'acharnement thérapeutique de Doctor Theresa doit cesser.

En attendant, d'après tous les sondages, le Brexit Party obtiendra demain le tiers des voix aux élections européennes loin devant les travaillistes; les partis clairement anti-Brexit (LibDem, Greens, Change UK) n'obtiendront à eux tous probablement pas plus de 25% des voix, et probablement une proportion encore moindre des sièges du fait de leur incapacité à s'unir, ce qui est de mauvais augure pour les néolibéraux européistes dont Macron se veut le chef de file.

Tout ceci démontre que la décision, sous pression polono-germano-néerlandaise, de prolonger jusqu'à fin octobre la non-sortie du Royaume-Uni fut une erreur stratégique majeure, du point de vue même des européistes les plus lucides.

Dans la présentation de Theresa May, ce qui m'a le plus choqué, sans que ce soit relevé par les commentateurs, fut le choix du lieu: un discours "de la dernière chance" se voulant aussi solennel aurait dû être prononcé dans l'enceinte du Parlement ou au minimum dans une conférence publique du Parti Conservateur.

En fait, l'hôte de Theresa May pour cette occasion fut la branche britannique de la multinationale américaine Price-Waterhouse-Cooper (PwC pour les intimes) une des quatre grandes sociétés de conseil et d'audit (avec Deloitte, E&Y et KPMG)  qui devint mondialement célèbre grâce aux "Luxembourg Leaks" qui montrèrent que PwC avait aidé pendant plusieurs années des centaines de ses clients à négocier des rabais fiscaux secrets avec ce paradis fiscal intra-européen alors administré par Mr Juncker, l'actuel président sortant de la Commission Européenne.

On ne pouvait pas trouver meilleure façon de signifier que le Royaume-Uni de Farage, Johnson et May, avec ou sans Brexit, resterait le meilleur allié et complice de cette Europe-là.

Et pour cette Europe-là aussi, l'acharnement thérapeutique  n'a que trop duré.

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