(hydroxy)chloroquine: inutilité voire nocivité confirmée

Une vaste étude observationnelle parue ce jour dans The Lancet confirme ce que toutes les autres publications récentes avaient déjà établi.

Il s'agit d'une étude observationnelle fondée sur l'analyse des dossiers de 96 032 patients (âge moyen 53,8 ans, 46,3% de femmes) ayant été hospitalisés entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020 dans 602 hopitaux de nombreux pays différents avec un diagnostic de Covid-19. Les critères d'inclusion étaient que le diagnostic ait été posé moins de 48 heures auparavant et que les patients ne soient pas intubés, l'absence d'une autre médication (les patients faisant partie d'un essai du remdesivir ont été exclus) ou bien la prise d'une des 4 combinaisons possibles entre Chloroquine ou hydroxychloroquine prises seules (respectivement 1868 et 3784 patients) ou avec l'azithromycine ou un autre antibiotique macrolide (respectivement 3016 et 6221 patients). Les 81144 patients non-médiqués constituaient le groupe de contrôle.

Il ne s'agit donc pas d'un essai randomisé mais plutôt d'une observation de cohorte. L'intérêt d'une telle analyse sur dossiers cliniques est que la grande taille des échantillons permet de corriger les éventuelles variations de composition des échantillons en termes d'âge, de sexe, d'ethnicité, d'IMC ou d'autres facteurs de risque comme le diabète ou l'insuffisance respiratoire (et l'on peut dégager des sous-échantillons plus homogènes conservant une bonne puissance statistique).
L'analyse statistique a également pris en compte le degré de sévérité des symptômes sur la base d'une échelle standardisée par les Britanniques et largement utilisées dans les analyses cliniques (l'acronyme est NEWS en anglais pour National Early Warning Score) et qui est basé entre autres facteurs sur l'évaluation du niveau d'oxygénation, afin de limiter les biais qui pouvaient résulter de niveaux de gravité variables.

Tous groupes confondus, 11,1% des patients sont décédés: 9,3% dans le groupe de contrôle, 18% dans le groupe ayant pris de l'hydroxychloroquine seule, 23,8% dans le groupe hydroxychloroquine+antibiotique, 16,4% dans le groupe ayant pris la chloroquine seule et 22,2% dans le groupe chloroquine+antibiotique.

Le risque d'apparition d'une arrythmie ventriculaire non liée à une problématique cardiaque préexistante était significativement plus élevé dans les groupes médiqués (respectivement 6,1%, 8,1%, 4,3% et 6,5%: on voit au passage que le couplage avec l'antibiotique accroît le risque, ce qui est cohérent avec le fait qu'il perturbe les mêmes canaux ioniques que les deux antipaludiques) que dans le groupe contrôle (0,3%).

La conclusion de l'article est que: "ces régimes de médication ne devraient pas être utilisés en dehors d'essais cliniques et qu'une confirmation urgente par des essais randomisés est nécessaire".

source: https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31180-6/fulltext

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