Une obsession argentine: le dollar

L'obsession de la classe moyenne argentine pour se procurer des dollars est difficilement concevable pour nous, Européens: il y a là-bas depuis longtemps un véritable fétichisme du dollar, qui s'enracine dans la récurrence des poussées d'inflation et de dévaluation de la monnaie nationale. Le dollar est la vache sacrée des Argentins tout comme le deutschemark était celle des Allemands avant l'arrivée de l'euro.

L'obsession de la classe moyenne argentine pour se procurer des dollars est difficilement concevable pour nous, Européens: il y a là-bas depuis longtemps un véritable fétichisme du dollar, qui s'enracine dans la récurrence des poussées d'inflation et de dévaluation de la monnaie nationale. Le dollar est la vache sacrée des Argentins tout comme le deutschemark était celle des Allemands avant l'arrivée de l'euro.

A Buenos Aires, les variantes de dollar parallèle se multiplient au gré des changements de règlementation du change et des combines pour les contourner: je vous ai mentionné précédemment le "dollar blu" qu'on se procure auprès des "arbolitos" mais il y a aussi le "dollar tarjeta" pour les achats payés par carte de crédit à l'étranger, car il y a seulement une surtaxe de 15% par rapport au taux officiel (alors que le dollar sur le marché parallèle est à plus de 50% au-dessus de ce taux théorique), ce qui revient concrètement à subventionner les dépenses à l'étranger des classes aisées à hauteur de 4 à 5 milliards de dollars par an... (et dire qu'il y a encore des naïfs qui croient que le gouvernement kirchnériste est de gauche...)

Tout récemment est apparu le "dollar azafata" (littéralement: "le dollar hôtesse de l'air") qui coûte un peu plus cher: il faut bien rémunérer les employés de compagnies aériennes (et autres professionnels se rendant souvent à l'étranger) que l'on charge de retirer pour vous de l'argent à l'extérieur du pays.

La multiplication de ces différents taux de change ("dollar ladrillo" pour les opérations immobilières, "dollar gris" etc. etc.) permet aussi de "bicicletear" (faire tourner) l'argent en jouant sur les différences pour gagner un peu d'argent à chaque cycle (c'est le principe de fonctionnement des bureaux de change officiels et des "arbolitos", mais étendu à la fraction de la population qui peut avoir accès à la ressource de base qui permet de faire avancer la bicyclette: le dollar.)

Officiellement, le gouvernement prétend lutter contre le trafic de devises et le change clandestin, mais en réalité il laisse faire, et ses propres dirigeants ne sont jamais les derniers à enfourcher les diverses bicyclettes financières que l'imagination fertile des Argentins a su faire émerger au fil des crises financières.

Et si vous croyez que j'exagère, allez voir la multiplicité des taux disponibles sur http://dolarblue.net/, ce n'est plus un camaïeu de bleu et de vert, c'est tout un arc-en-ciel !

 

 

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