Actualité du Buenos Aires 1900

La Photothèque Latino-américaine (la FoLa) de Palermo présente jusqu'à début mars une remarquable exposition de photographies de Harry Olds datant du début du 20ème siècle. Une exposition à ne pas manquer.

Ce photographe originaire des États-Unis résida à Buenos Aires de 1901 à sa mort en 1943.
Ses photographies, dont certains paysages urbains sans présence humaine font penser à Atget, présentent tout le spectre des conditions sociales de la Buenos Aires de la « Belle Époque », une époque qui fut belle pour quelques uns et duraille pour la plupart.
Des « conventillos » où s'entassaient les immigrants arrivant alors en masse d'Espagne et surtout d'Italie en passant par les petits marchands ambulants, les marchés ou les commissariats, jusqu'aux décors les plus grandioses des hauts lieux de la grande bourgeoisie portègne comme le Club del Progresso ou le siège du Jockey Club (qui fut pris d'assaut et incendié par les péronistes en 1953 en représailles à un attentat pendant un discours Peron) Olds a tout photographié, même le dépotoir du Bajo Flores où l'on brûlait les ordures (un endroit appelé pour cette raison « la quema de basura » expression dont provient probablement le dérogatif « un quemo » signifiant un minable, mot encore en usage aujourd'hui) et où le sous-prolétariat le plus misérable survivait dans des bidonvilles (au sens propre: des cabanes précaires constituées d'un assemblage de bidons découpés).
Le photographe contemporain Srur a tiré des agrandissements sur papier à partir des négatifs originaux sur plaques de verre, et il a eu l'idée de confronter sur place les images de bidonville 1900 captées par Olds à l'habitat actuel, resté tout aussi précaire et misérable, du même Bajo Flores.
Cette mise en perspective des photographies de Olds révèle la persistance à plus d'un siècle de distance de cette énorme fracture sociale (le terme à la mode ici est « la grieta ») que la politique néo-libérale de restriction des services publics (santé, éducation, culture) ne cesse d'approfondir.
L'exposition présente aussi un échantillon de la production nord-américaine de Olds dans sa ville natale et des images de son voyage en bateau de New York à Valparaiso, en commençant par une vue de la Statue de la Liberté prise depuis le navire en train de s'éloigner dans l'océan.

 

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