Une certaine éducation argentine

La ministre portègne de l'éducation a suscité la semaine dernière une violente polémique par ses critiques contre les syndicats enseignants coupables à ses yeux de la dégradation de l'enseignement primaire et secondaire public. Sa propre éducation dans un collège privé allemand de Bariloche n'est pas exempte de reproches...

Née en 1975, Soledad Acuña fit ses études primaires et secondaires au Colegio Aleman Primo Capraro de Bariloche dans les années 80 et en sortit en 1992. Le directeur du collège à cet époque fut un certain Erich Priebke, criminel de guerre nazi réfugié comme beaucoup d'autres en Argentine à la fin des années 40, grâce à la complaisance du régime péroniste de l'époque envers les nazis allemands et autrichiens et les fascistes italiens et croates.
Priebke, qui vivait à Bariloche sous sa véritable identité et y arborait fièrement ses insignes d'officier la SS lorsqu'il y dirigeait l'association culturelle germano-argentine locale, fut tardivement extradé vers l'Italie en 1995 afin d'y être jugé (et condamné à la prison à vie) pour le massacre dit des Fosses Ardéatines commis sous ses ordres à Rome. en mars 1944 (355 civils tués en représailles d'un attentat commis la veille par des résistants italiens.)

L'éducation fournie par cet étrange collège à l'époque où Acuña y étudia témoigne d'une fermeté idéologique certaine: d'anciens enseignants ont expliqué à Pagina/12 qu'on les dissuadait d'évoquer la Shoah et autres menus détails de l'histoire allemande, ou bien qu'il ne convenait pas de faire lire aux élèves des textes du Prix Nobel de littérature Heinrich Böll car il était "communiste"... Tout en précisant que beaucoup d'anciens élèves ne devinrent pas pour autant des thuriféraires du nazisme.

Jusqu'aux années 90, ce collège célébrait aussi certains anniversaires, comme la naissance de Hitler ou la date de son accession au pouvoir et "Mein Kampf" fit longtemps partie de la bibliothèque. L'Allemagne Fédérale qui subventionnait ce collège au nom de la "diffusion de la culture allemande" se décida mollement et tardivement à faire un peu le ménage, avec l'aide du renouvellement générationnel du corps enseignant (un enseignant raconte qu'il fut recruté dans les années 80 parce que son propre père était un nazi connu). Depuis quelques années, l'esprit rebelle des élèves a fini par avoir raison, à coups de graffitis et autres dégradations, de l'exposition des photos de classe montrant Priebke prenant la pose au milieu des élèves des générations précédentes.

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