Le recul du catholicisme en Argentine

La dernière enquête sur les croyances des Argentins confirme l'affaiblissement de la position encore dominante de l'église catholique romaine.

Malgré l'élection du pape Bergoglio, l'image de l'église catholique subit une dégradation continue sur fond de scandales sexuels qui démontrent l'hypocrisie morale de sa hiérarchie. Le dernier épisode en date est la mise en cause pour des viols infligés autrefois à de nombreux séminaristes de Monsignore Zanchetta, ancien évêque de Salta devenu au Vatican un des plus proches collaborateurs du pape.

D'ailleurs à peine 27% des Argentins considèrent Bergoglio comme un leader mondial important.

En une dizaine d'années, le nombre d'Argentins se disant catholiques est passé de 76% à 63% (contre 90% en 1960) et le nombre de sans religion s'est accru de 11 à 19% (avec une pointe à 27% chez les diplômés du supérieur.)

Quant à l'Islam et au judaïsme, leur présence est marginale (moins de 1% du total) de même que celle des Mormons et Témoins de Jéhovah (2%).

Moins réjouissant, le nombre d'adeptes des cultes évangéliques a augmenté sur la même période de 9 à 15%. On est encore loin de l'influence massive des églises évangéliques au Brésil qui ont été un des principaux vecteurs de l'arrivée au pouvoir de Bolsonaro. Plusieurs politiciens de la Droite dure comme Olmedo ont d'ailleurs récemment envoyés des signes de connivence en direction des évangéliques.

L'absence globale d'adhésion à la morale sexuelle des deux principales églises (les pasteurs évangéliques n'étant pas moins hostiles à l'homosexualité et à l'avortement que l'église catholique) est frappante: plus de 60% des Argentins sont favorables à la possibilité pour des couples homosexuels d'adopter des enfants, et moins de 20% professent une hostilité inconditionnelle à l'avortement.

Le décalage qui apparaît entre ce sondage et les plus récentes démonstrations de Macri (baiser au foulard bleu des anti-IVG lors son dernier meeting de campagne, annulation cette fin de semaine d'un décret définissant un protocole d'application de l'avortement thérapeutique, provoquant la démission de son secrétaire à la Santé) révèle son attitude pour ce qu'elle est: en perte de vitesse après sa défaite, poussé vers la retraite par ceux qui, comme Rodriguez Larreta veulent lui succéder à la tête de son parti, et contesté par ses alliés de l'Union Civique Radicale, il adopte une posture de repli identitaire sur le noyau dur le plus conservateur de son électorat, en une sorte de baroud d'honneur de ce que l'on appellerait chez nous « la Droite Trocadéro ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.