Trois études sur l’hydroxychloroquine publiées en juillet

Les études se suivent et se ressemblent : deux études sérieuses concluent à l’absence d’efficacité de l’hydroxychloroquine quel que soit le stade de traitement et la gravité des symptômes alors qu’une étude biaisée met en avant des bénéfices spectaculaires.

Une étude volontiers mise en avant sur les réseaux sociaux (et dans le Club de Médiapart) par les adeptes inconditionnels du coronagourou marseillais et par les conseillers non-scientifiques de Trump (en particulier par le très expansif Peter Navarro, son conseiller au commerce : « This is a big deal ») a été publiée début juillet dans l’International Journal of Infectious Disease par des cliniciens de l’hôpital Henry Ford de Detroit.
Il est intéressant d’en récapituler tous les principaux biais, car ils sont très similaires à ceux qui ont été relevés dans les publications de Raoult et ses collègues ainsi que dans d’autres publications favorables à l’usage de l’hydroxychloroquine.

Premièrement, il s’agit d’une étude observationnelle sur dossiers (autrement dit, le genre d’étude dont Raoult se plaît à dire pis que pendre lorsque leurs conclusions s’opposent à son credo) portant sur 2541 patients ayant été traités dans cet hôpital Henry Ford depuis début mars. Comme toujours dans les quelques publications favorables à l’usage de l’hydroxychloroquine, il ne s’agit donc pas d’un essai clinique en bonne et due forme.

Dans cette étude les auteurs parviennent à la conclusion que 13 % des patients ayant reçu de l’hydroxychloroquine sont morts, contre 26 % de ceux qui n’en ont pas reçu, et 20 % de ceux ayant reçu le traitement mixte hydroxychloroquine + azithromycine. On peut remarquer au passage que le traitement préconisé par Raoult semble donner de nettement moins bons résultats que l’hydroxychloroquine seule, mais on va voir qu’en fait il s’agit probablement d’une conséquence des multiples biais de sélection dont souffre cette étude.

Le résultat publié semble donc spectaculairement favorable à l’usage de l’hydroxychloroquine, mais à y regarder de plus près, on retrouve les mêmes biais de sélection que dans des publications similaires, biais qui empêchent de tirer des conclusions bien fondées :

1°) 267 patients toujours hospitalisés à la date d’arrêt de l’observation ont disparu de l’échantillon initial car la statistique d’observation s’arrête au bout de 15 jours (par contraste, toutes les études sérieuses qui déterminent des taux de survie prennent soin d’aller au moins jusqu’à 28 jours, le délai de 15 jours étant plutôt utilisé pour évaluer l’amélioration clinique de l’état des patients) et l’on ne sait donc pas combien sont éventuellement morts ultérieurement.

2°) les traitements donnés aux patients n’étaient pas distribués aléatoirement mais sélectionnés par les cliniciens et comme par hasard les patients ayant reçu l’hydroxychloroquine étaient traités en parallèle avec un stéroïde (la dexaméthasone) dans une proportion deux fois plus importante que les autres patients. Or on sait par l’étude britannique Recovery que la dexaméthasone améliore significativement le pronostic de survie à 28 jours ; faute de rigueur méthodologique, il est donc impossible de démêler si le meilleur taux de survie est attribuable au stéroïde ou à l’hydroxychloroquine.

3°) Le mix hydroxychloroquine + azithromycine était réservé aux patients les plus sévèrement atteints mais sans problèmes cardiaques pré-existants, ce qui rend également sans signification la comparaison faite avec la chloroquine seule.
Bref, c’est, une fois de plus, le genre d’étude sans valeur scientifique qui ne sert qu’à faire du buzz pendant quelques jours à coups de données tronquées et de multiples biais de sélection.

Deux études aux standards scientifiques habituels (essai en double aveugle contre placebo) publiées tout récemment ont au contraire conclu à l’inefficacité de l’hydroxychloroquine, y compris pour des patients traités tôt et faiblement atteints.

L’université du Minnesota, qui avait déjà démontré l’absence d’utilité prophylactique de l’hydroxychloroquine sur des cas-contacts a complété son analyse par une étude publiée le 15 juillet dans le Journal of Internal Medicine.
L’étude a porté sur 491 patients canadiens et étatsuniens présentant des symptômes initiaux sans gravité qui ont pour la moitié de l’échantillon reçu un placebo et pour l’autre moitié de l’hydroxychloroquine pendant 5 jours. Aucune différence statistiquement significative n’a été détectée, que ce soit sur la persistance des symptômes à 14 jours (24 % contre 30%) ou sur le taux ultérieur d’hospitalisation (2 % contre 3%).

Une étude brésilienne publiée ce 23 juillet dans le New England Journal of Medicine porte sur 541 patients présentant des symptômes modérés auxquels on a donné soit un placebo soit de l’hydroxychloroquine seule, soit de l’hydroxychloroquine + azithromycine pendant une semaine.
La conclusion de cette étude est que l’état des patients deux semaines plus tard n’était pas significativement modifié par les traitements, sauf que les patients ayant reçu les médicaments préconisés par Raoult, Trump et Bolsonaro ont davantage présenté deux types d’effets secondaires bien connus : des perturbations du rythme cardiaque et une élévation des transaminases hépatiques.

En conclusion, ni les malades graves, ni les malades peu graves, ni les non-malades n’ont intérêt à prendre de l’hydroxychloroquine ce qui clôt le débat d’un point de vue scientifique.

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