Argentine: la préparation des élections

Malgré la double crise économique et sanitaire (ou à cause d’elle), la politique politicienne ne perd pas ses droits.

Le samedi 24 juillet était la date-limite pour le dépôt des listes de « précandidats » concourant aux élections primaires ouvertes simultanées et obligatoires (PASO) qui auront lieu le 12 septembre avant les élections proprement dites qui renouvelleront le 14 novembre un tiers du Sénat et la moitié de la Chambre des Députés (plus un certain nombre de postes d’élus locaux et provinciaux).

S’agissant de scrutins de liste, les négociations ont été ardues jusqu’au dernier moment pour tenter de s’assurer des places éligibles.

Le but des PASO est de servir à départager des listes concurrentes mais acceptant de concourir sous le même label. Autrement dit, chaque groupe politique doit choisir entre trois solutions :

1°) se présenter tout seul, avec le risque de ne pas passer aux primaires la barre des 1,5 % nécessaires pour pouvoir se présenter ensuite aux élections ;

2°) concourir séparément mais au sein d’une coalition, mais avec le risque d’être éliminé s’il n’arrive pas en tête des listes se réclamant de la même coalition ;

3°) négocier âprement des places éligibles sur une liste unique regroupant les différentes composantes de la coalition ;

Tant le gouvernement pérono-kirchnériste que son opposition néolibérale-conservatrice ont tenté de présenter partout des listes unifiées, mais les accrocs sont tout de même assez nombreux, davantage du fait des conflits de personnes et des ambitions frustrées qu’en raison de réelles divergences idéologiques.

Dans la capitale, où la Droite est sûre de l’emporter, les péronistes se présentent unis avec un membre de la Campora comme chef de file, de même que l’opposition qui contrôle la municipalité et qui aura l’ex-gouverneure de la Province comme tête de file.
Les chamailleries triangulaires au sein du péronisme portègne entre kirchnéristes, albertistes et massistes avaient pour objectif de constituer une coalition représentative de l’ensemble des tendances, en faisant de la place aux syndicalistes (historiquement, le Parti Justicialiste, qui fut fondé sous l’étiquette de « travailliste », a une conception des relations Parti-syndicat plus proche du Labour britannique d’autrefois ou de la symbiose PCF-CGT des années 50-70 que de la Charte d’Amiens) aux représentants des mouvements sociaux, sans oublier les principaux caciques municipaux des banlieues populaires dont le poids en terme de clientèle électorale est important, surtout dans cette période de paupérisation où les élus locaux jouent encore plus qu’avant leur rôle d’assistance sociale. Seul l’ancien ministre Randazzo a décidé de concourir tout seul, avec le risque d’être éliminé dès les primaires.

Dans l’opposition, une bagarre homérique pour le leadership du parti PRO a opposé le maire de Buenos Aires Horacio Rodriguez-Larreta (HRL), qui ne cache guère ses ambitions présidentielles pour 2023, à l’ex-président Macri et à l’aile la plus dure de son parti, dirigée par Patricia Bullrich.
HRL a gagné par KO en marginalisant Macri (qui est parti en vacances en Suisse et qui ne rentrera peut-être pas de sitôt à Buenos Aires, vu le nombre de casseroles judiciaires qu’il traîne derrière lui) et en récupérant Vidal dans la capitale (probablement pour la neutraliser aux prochaines présidentielles en lui offrant la mairie de Buenos Aires) ainsi qu’en intégrant à sa liste son ancien rival de l’Union Civique Radicale (UCR) Martin Lousteau, et surtout en réussissant à parachuter son bras droit Santilli comme tête de liste dans la Province malgré l'opposition de Macri, Bullrich et de l'autre Macri, Jorge, cousin de l'exilé en Suisse et maire de la commune résidentielle de Vicente Lopez;  "le cousin intelligent" selon Horacio Verbitzky. S'il fallait une preuve de la démonétisation complète de Mauricio Macri, le slogan choisi par son cousin "Plus Jorge que Macri" en dit plus que bien des analyses.
L’alliance Larreta-Lousteau a fait au passage quelques cocus : ceux des radicaux qui s’étaient opposés à Lousteau et qui avaient rallié Larreta aux élections précédentes il y a 4 ans se sont retrouvés éjectés cette fois-ci (en politique comme ailleurs, il ne faut pas avoir raison trop tôt...) et du coup ils ont constitué une liste dissidente avec l'acteur Luis Brandoni comme tête de gondole.

La voracité de HRL dans la province a également suscité une liste concurrente de l’UCR dirigée par le très médiatique neurologue Facundo Manes, qui est cependant dénué d’expérience politique. Il y a également un peu de concurrence ultra-libérale avec Lopez-Murphy sur le versant tradi-réac et Espert sur le versant libertarien, mais rien de très inquiétant pour Larreta et ses troupes qui savent pouvoir compter sur le vote utile des anti-peronistes viscéraux.

Dans la province de Santa Fe, la logique de compétition mâtinée d’alliance qui constitue l’essence de ces élections primaires a donné lieu à l’émergence de 4 listes mêlant radicaux, "lilitos" (partisans d'Elisa Carrio)  socialistes et macristes dans des proportions variables. Du côté des péronistes, le gouverneur Perotti n’a pas apprécié le parachutage du ministre Rossi.

À Cordoba, province conservatrice où le péronisme résiste à la kirchnérisation, le gouverneur Schiaretti, qui fut un des artisans péronistes de la victoire de Macri en 2017, se retrouve pris entre deux feux avec la coalition du PRO d’un côté et le parachutage dirigé contre lui du ministre Martin Gill (à qui Fernandez a tordu le bras pour qu’il aille se présenter, selon Horacio Verbitzky, qui est généralement très bien informé des affaires internes du Frente de Todos).

Un autre sac de nœuds est apparu dans la province de Neuquen où Carrio est accusée par ses partenaires de la coalition Juntos por el Cambio de fricoter avec le Mouvement Populaire de Neuquen (MPN), un parti local dont la politique d’autonomie consiste à vendre au plus offrant ses votes au Congrès afin de conserver à usage local le maximum des royalties du pétrole et du gaz.

En matière de division dans l'unité les paléo-trotskistes du FIT ne sont pas en reste (mais la réputation de scissiparité chronique des trotskistes n'est plus à faire) avec deux principaux groupements s'opposant dans le cadre des PASO, plus un revenant qui se présente séparément pour régler ses comptes avec les jeunots qui l'avaient viré (pour une description du microcosme trotskiste argentin, lire cet ancien billet)

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