Le FMI gaspille un pognon de dingue en Argentine

Pourquoi donc le FMI gaspille-t-il un pognon de dingue en Argentine ?

Christine Lagarde dont l'affaire Tapie nous a permis de mesurer au mieux l'incompétence et au pire la malhonnêteté, a échangé cette semaine de grands câlins avec le président argentin Macri, que les Américains, qui font la loi au FMI, ont décidé de mettre sous tente à oxygène car il est leur homme à Buenos Aires.

De fait, le gros paquet de 50 milliards de dollars (3 à 5 milliards supplémentaires sont encore en cours de négociation) que le FMI s'est engagé à fournir à l'Argentine est doublement scandaleux:

1°) l'histoire financière de l'Argentine est riche en crises d'hyperinflation, déclarations de défaut, restructurations massives de la dette, tous incidents qui auraient dû inciter le FMI à plus de prudence: le montant accordé à l'Argentine est de l'ordre de 10 fois supérieur à ce que sont les volumes d'intervention normalement consentis par le FMI; certains argentiers européens (principalement les Allemands et les Néerlandais) s'en sont d'ailleurs inquiété, mais Lagarde et ses sous-bouffons ont fait là où les Yankees leur ont dit de faire;

2°) des versements anticipés et une rallonge pouvant atteindre 10% de ce montant déjà extrêmement élevé sont d'ores et déjà envisagés alors qu'aucun des paramètres-clés de redressement de l'économie fixés pour la fin de l'année ne sera atteint: on sait déjà que l'inflation qui selon les termes de l'accord avec le FMI ne devait pas dépasser 32% sera de l'ordre de 45% cette année, quant à la promesse d'un déficit fiscal réduit à zéro, elle est incompatible avec la récession qui a commencé à frapper l'économie (le taux sur les prêts en pesos fixé à 60% par la Banque Centrale asphyxie totalement l'économie).

L'explication de ce laxisme du FMI est évidemment politique: il faut essayer de sauver le gouvernement Macri, brave petit soldat du néo-libéralisme, pour permettre sa réélection en 2019 (même au FMI on a le droit de rêver...)

Pourtant l'incompétence macro-économique et financière de la pédégécratie argentine vient de faire une nouvelle victime: après seulement 3 mois et 10 jours en poste, le président de la Banque Centrale de la République Argentine (BCRA) Luis Caputo, cousin germain du meilleur ami du président Macri, vient d'être éjecté pour sa gestion erratique de la BCRA et en particulier son gaspillage intempestif des réserves en devises pour essayer de ralentir la hausse du dollar.
Près de 15 milliards de dollars ont été ainsi dilapidés par Caputo et son prédécesseur Sturzenegger sans pour autant empêcher une dévaluation de plus de 50% du peso depuis le début de cette année.
Au début, cet argent provenait des réserves du pays, mais depuis plusieurs mois c'est le pognon du FMI qui entre par la porte et ressort aussitôt par la fenêtre. Les technocrates du FMI ont donc commencé à paniquer, car cet argent est censé sécuriser le remboursement des emprunts contractés antérieurement auprès des banques internationales (qui sont les vrais patrons du FMI) et non pas servir à manipuler le taux de change.

Macri a donc dû sacrifier Caputo pour obtenir un nouvel accord du FMI. Le nouveau président du BCRA est un certain Sandleris précédemment adjoint du ministre des finances Dujovne (Sandleris est, comme Sturzenegger, un charlatan monétariste du même tonneau que les pseudo-experts de Béhèfème Bizness chez nous) qui a reçu la consigne de cesser de dilapider le pognon de dingue du FMI et laisser le marché fixer librement le cours du peso (qui est illico reparti à la baisse, de même que les actions des sociétés argentines)

Hier, Macri a promis-juré à New York qu'il n'y aurait pas de nouveau défaut sur la dette argentine, mais c'est le genre de déclaration grandiloquente qui ne fait qu'en augmenter la probabilité et en rapprocher l'échéance, comme ces parapluies tenus trop haut levés qui attirent immanquablement la foudre...

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