Les points forts de Donald Trump

Cette année encore, les intellectuels "mainstream" se méprennent sur la force de l'adhésion à Donald Trump.

Certes, la probabilité qu'a D. Trump d'être réélu est nettement moindre que sa probabilité de gagner en 2016: les analystes les plus prudents (Nat Silver et ses collègues de fivethirtyeight) estiment actuellement ses chances de gain à 12% (ce qui n'est pas négligeable) alors que face à H. Clinton, ils avaient estimé sa probabilité de gagner à 28% (ce qui était considérable; à l'époque la plupart des sondeurs et des médias donnaient Clinton victorieuse à plus de 95%).

Pourtant sa base électorale reste solide, constituée principalement de ceux que Clinton appelaient "les déplorables", une insulte révélant toute la morgue de classe des zélites washingtoniennes et une bourde majeure de communication que Biden a su éviter.
L'appui inconditionnel dont il bénéficie, malgré ses outrances et ses mensonges (ou à cause d'eux) de la part de 42 à 43% de l'électorat ne semblera étonnant qu'à ceux qui ne lisent que le New York Times et ne regardent que CNN.

Tout d'abord, sa base électorale ne lit pas les journaux de quelque bord qu'ils soient (d'ailleurs une partie significative des non diplômés blancs, qui forme le noyau dur du trumpisme populaire, est illettrée voire complètement analphabète: l'illettrisme touche environ 20% des Américains mais aussi 10-15% des Européens).
Leurs seules références informationnelles sont les infox qui circulent en boucle sur Fox News et sur les réseaux sociaux. Le ton sur lequel Trump s'exprime (il utilise à dessein un vocabulaire limité et une syntaxe peu élaborée, correspondant à peu près aux compétences linguistiques d'un élève de CE2) convient bien à cette partie de la population.

D'autre part, avant la survenue du Covid-19, la politique économique outrageusement procyclique de Trump avait permis d'améliorer l'emploi des classes populaires. Bien que sa politique étrangère soit totalement erratique et pas exempte d'embardées fort peu diplomatiques, Trump est beaucoup moins va-t-en-guerre que tous ses prédécesseurs, fidèle en cela à l'adage: "chien qui aboie ne mord pas". Sa volonté de réduire les engagements militaires extérieurs des USA est appréciée par des classes populaires dont les fils sont en première ligne lorsqu'il s'agit d'envoyer des GI's au casse-pipe. 

Autre élément important, sa politique de nomination de juges fédéraux ultra-conservateurs et  la présence à son côté de l'évangélique obscurantiste M. Pence fait que la Droite religieuse traditionnelle continue à le soutenir en se bouchant le nez.

Enfin, son machisme sans filtre plaît beaucoup à sa base, y compris féminine (il faut croire qu'il y a encore beaucoup de femmes masochistes, à moins que ce ne soit la peur panique attisée par Trump d'une invasion des banlieues blanches par les violeurs et pilleurs Noirs de "Black Lives Matter"...) et cela lui permet aussi d'améliorer ses positions dans l'électorat masculin Noir ou Latino.

Son côté grande gueule haute en couleur est conforme au stéréotype du "straight talking" toujours apprécié de la classe ouvrière américaine: on peut faire ici le parallèle avec certaines sorties médiatiques de G. Marchais remettant à leur place les hommes de main de l'Etat profond ("Taisez-vous, Elkabach !") et sa mise en cause récurrente du "virus chinois" marche bien auprès d'une base électorale volontiers raciste et xénophobe.

Bref, Trump n'est pas encore battu et un phénomène commence à inquiéter les Démocrates, même s'ils évitent d'en parler: dans certains Etats-clés comme la Pennsylvanie ou la Floride, le nombre des inscrits déclarant une affiliation républicaine (traditionnellement très inférieur à celui des affiliés se déclarant démocrates) a beaucoup augmenté et l'écart s'est réduit. Comme les Républicains (et encore plus les trumpistes) sont des électeurs plus motivés et plus assidus aux urnes (comme chez nous, le taux de participation dans les grandes villes, qui sont souvent à majorité démocrate est nettement plus faible que dans les campagnes et les petites villes) et que certains affiliés démocrates votent parfois républicains (en particulier pour les élections au Congrès), une surprise n'est pas exclue: il semble très improbable que les Démocrates perdent leur majorité à la Chambre des Représentants, mais ni la présidentielle ni les sénatoriales ne sont gagnées d'avance.

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