La politique pour les nuls (deuxième leçon)

2ème leçon: cesser de (se) raconter des histoires

Les élections régionales ont montré, à rebours des discours apocalyptiques de Plenel et autres, que la principale menace aujourd'hui en France n'est pas le fascisme, mais simplement la remise en selle de la Droite traditionnelle, favorisée par les divisions de la Gauche et son incapacité  à jouer son rôle d'agrégation des classees populaires et des couches moyennes salariées via le développement d'une stratégie commune jouant au mieux de leurs complémentarités. Que les CSP+ à l'aise avec le sarko-macronisme et les personnes âgées ayant peur de tout et surtout de l'insécurité décident de l'issue du scrutin en allant voter en plus grande proportion que les actifs précarisés des classes populaires a pénalisé à la fois la Gauche et l'extrême-droite, et au sein de la Gauche surtout LFI.

Mutatis mutandis, les maladresses, les foucades et les outrances de Jean-Luc Mélenchon lui ont seulement permis de remplacer feu Georges Marchais dans le rôle de l'épouvantail à petits-bourgeois que la Droite se plaît à agiter. Le problème n'est pas de savoir si ce rôle est mérité ou non, mais de se rendre compte qu'au-delà de la personne de Mélenchon le discours de diabolisation de la France Insoumise est efficace, et le restera tant que le Parti Socialiste sera incapable de se régénérer.

De ce point de vue, les résultats des élections régionales sont plutôt positifs, car relégitimant le PS pour la gestion des exécutifs départementaux et régionaux. Or pour franchir à nouveau la barre des 50% aux élections il faudra reconstruire, comme lors de la période 1977-1981, une triple crédibilité s'appuyant à la fois sur les mouvements sociaux et le tissu associatif, sur une présence gestionnaire dans les structures intermédiaires (municipalités, départements et régions) et sur un accord politique au sommet. Cela semble difficile à l'horizon 2022, mais le double agenda de la relocalisation et de la réindustrialisation devrait à terme favoriser la régénération sociologique de la Gauche.

Cela ne dispense pour antant pas la Gauche d'éviter les erreurs de casting électoral: le choix d'une écolo comme tête de gondole dans les Hauts-de-France était sans doute moins judicieux sociologiquement qu'en Île-de-France, par exemple.

Ceux qui continuent de manger du social-traître à chaque petit déjeuner ont été pris à contrepied par le vote de dimanche: car les troupes électorales sur lesquels ils comptaient s'appuyer pour enterrer le PS les ont abandonnés en rase campagne.
En fait, pour la plupart de ses électeurs résiduels et potentiels, la Gauche c'est toute la Gauche (PS, LFI, EELV, Générations, Place Publique).
Les électeurs de Gauche, qui contrairement à ce que croient les militants convaincus, ne font guère au moment de voter la distinction entre les différentes sensibilités de Gauche; ils sont plus lucides sur les enjeux et plus encouragés à la désertion par les chamailleries des boutiquiers qui gèrent les différentes enseignes se réclamant de la Gauche.

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