Argentine: que les petits tricheurs lèvent le doigt

Depuis la remise en place du contrôle des changes, les Argentins rivalisent d'astuces pour le contourner

L'AFIP (équivalent de notre DGFIP) a publié hier la liste nominative de quelques centaines de petits tricheurs qui ont profité du flou de la réglementation pour dépasser le seuil des 10 000 dollars autorisés par mois (grâce, par exemple, à la détention de plusieurs comptes bancaires).

L'ingéniosité argentine pour contourner la réglementation avait très vite donné naissance au "rulo" et au "bucle", opérations financières consistant à exploiter le différentiel de valeur entre le taux de change bancaire du dollar (maintenu artificiellement bas par rapport à l'inflation) et la cote du peso dans la liquidation d'actifs boursiers en dollars (le taux "contado con liqui") pour mettre en place une nouvelle variante de "carry trade" (qu'on appelle là-bas "bicicleta financiera") rapportant 6 à 7% par mois.

Ceux qui ont triché sont évidemment des petits joueurs pas très futés (voire simplement des hommes de paille qu'on appelle "palos blancos"): les membres de l'oligarchie et les multinationales présentes en Argentine ont depuis longtemps sorti leurs capitaux du pays et la quasi-certitude d'une prochaine alternance politique n'a fait qu'accélérer la tendance depuis quelques mois. La liste ne comprend donc que du menu fretin, car les gros poissons ont su anticiper l'inévitable "cepo cambiario". 

Bref il s'agit d'un coup de com'  typique de la démagogie néo-libérale, consistant à désigner hypocritement quelques petits tricheurs à la vindicte publique alors que les rois de l'évasion fiscale peuvent dormir tranquille,

Aucun de nos amis argentins ne fait partie de cette liste pour une raison simple: ils n'avaient sûrement pas les moyens d'acheter des dollars pour un montant équivalent à plus de 600 000 pesos en un seul mois...

Tout comme la clinquante Rolex de Séguéla est devenue chez nous emblématique du mauvais goût d'une certaine droite bling-bling, avoir son nom dans cette liste ne manquera pas de devenir un douteux élément de distinction sociale pour certains "mediopelos" argentins et leurs "señoras gordas" (un groupe social que mes lecteurs français pourront se représenter sous les traits des beaufs à queue de cheval en gilets multipoches et des rombières siliconées en manteau de vison que dessinait Cabu).

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