Les dégâts de l’indigénisme sanitaire

Les récents faux-fuyants de Taubira concernant l’incitation à la vaccination sont une manifestation de l'influence qu'exerce l’indigénisme sanitaire sur certains politiciens craignant de déplaire.

La violente épidémie de Covid subie ces dernières semaines par les DOM-TOM (Antilles, Guyane et Tahiti) est due au faible taux de couverture vaccinale et au manque de respect des autres précautions prophylactiques contre la propagation du virus.
Plutôt que de l’attribuer à une congénitale infériorité intellectuelle des indigènes, il couvient d’élargir la perspective et de réaliser que cet indigénisme sanitaire n’est pas un monopole des populations à peau foncée, même si la désinformation circulant sur les réseaux sociaux, d’une part, et l’obscurantisme religieux alimenté par des sectes protestantes dites évangéliques, d’autre part, ont joué outre-mer un rôle plus important dans la désaffection pour les vaccins qu’en métropole où ces facteurs n’ont joué qu’auprès d’une fraction des classes populaires.

La méfiance envers tout ce qui arrive de la métropole est nourrie là-bas par d’amères expériences passées (le scandale de la chlordécone aux Antilles, les essais atomiques en Polynésie) qui y ont dévalorisé la parole des autorités publiques.

Il est pour cette raison d’autant plus important que ceux qui se proclament volontiers les représentants des minorités dominées d’outre-mer fassent jouer à plein leur capacité de prescription vis-à-vis de leurs mandants et Taubira-la-phraseuse a hélas révélé en l’espèce son manque de courage.

Mais au-delà de la méfiance compréhensible des victimes des exploitations coloniales et post-coloniales, il existe toute une culture de l’indigénisme sanitaire consistant à accorder plus de confiance aux remèdes « bien de chez nous » qu’à ce qui a été validé par des expérimentations rigoureuses.
Les anti-vaccins hypocrites qui prétendent « attendre un vaccin français » sont une illustration frappante de cette mentalité, de même que la sous-vaccination persistante dans le sud-est est en partie un effet régional du raoultisme : pourquoi se faire vacciner puisque le bon docteur Raoult peut nous guérir grâce à l’hydroxychloroquine ?

Dans un surprenant paradoxe post-colonial, qui serait amusant s’il n’était aussi tragique d’aveuglement, les adorateurs du coronagourou marseillais citent volontiers des exemples de pays africains qui auraient employé l’hydrochloroquine avec succès, bien que le docteur Aimé Bony (voir son blog sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/aime-bonny/blog) qui en a évalué l’impact sur l’ensemble des pays d’Afrique est arrivé à la même conclusion observationnelle en Afrique que partout ailleurs concernant l'absence d’efficacité de ce traitement.

Le docteur Bony dénonce aussi la prolifération au Cameroun et ailleurs en Afrique d’autres pseudo-traitements du Covid mis sur le marché africain sans aucune validation scientifique préalable. Cette activité est évidemment une source de revenus pour ceux qui les promeuvent, mais là encore, il faudrait se garder d’y voir une spécificité africaine. Ces pratiques sont également développées par quantité de charlatans « bien de chez nous », les naturopathes et autres partisans des « médecines naturelles », tous ces divers producteurs de décoctions miraculeuses qui font partie de ce que In Vino Veritas a plaisamment recensé sur Mediapart sous la savoureuse dénomination de ‘zozosphère’ https://blogs.mediapart.fr/vino-veritas/blog/110821/petite-enquete-depuis-mon-ordinateur-sur-la-zozosphere-antivax

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