Happyland

La plus récente création d'Alfredo Arias à Buenos Aires au théâtre San Martin

Happyland est le nom du cabaret panaméen où Peron en exil, veuf depuis plusieurs années d'une actrice  sans grand talent mais au charisme et à la démagogie restés légendaire, s'enticha d'une danseuse sans grand talent qui devint sa seconde épouse, la funeste Isabelita, sa vice-présidente puis seconde veuve et présidente renversée par les militaires.

Un prologue nous avertit que la pièce va traiter de « deux pays imaginaires: l'Argentine et le Panama » et les premiers rires inconfortables fusent dans la salle où la moyenne d'âge garantit la reviviscence de souvenirs douloureux.

La comédie d'Arias fait alterner les scènes chantées et dansées de la période panaméenne d'Isabelita avec des scènes de son assignation à résidence par la junte militaire dans le Neuquen à Messidor (le mois où l'on coupait les têtes, selon le récit) au fin fond de la cordillère dont les montagnes enneigées servent de fond de décor. Sur la scène deux cercueils translucides qui s'éclairent parfois de l'intérieur et sur lesquels les acteurs se vautrent de temps à autre, rappelant combien l'agonie du second péronisme fut une danse de mort.

Théâtre San Martin Salle Casacubierta -  Happyland Théâtre San Martin Salle Casacubierta - Happyland

 

On retrouve les habituelles caricatures d'Arias prenant pour cibles le clergé (à travers un Monsignore portant jarretelles sous sa soutane) et le formalisme obtus des militaires (on dispute gravement pour savoir si l'unique accompagnante autorisée à Isabelita doit être une gouvernante humaine ou peut être un animal, Isabelita réclamant ses petits chiens).

Quant à Isabelita, pas besoin de la caricaturer: il suffit que l'actrice imite sa voix se perdant dans les aigües pour réciter quelques extraits de ses discours les plus délirants (comme la dénonciation du rock et du tango) et obscurantistes (elle partageait la passion pour l'occultisme et l'astrologie de son amant Lopez Rega, secrétaire particulier de Peron et créateur de la triple A, passion commune qui est un trait caractéristique de ce que Umberto Eco appelait Ur-fascisme) pour rappeler aux spectateurs qui en auraient besoin ce que fut la déliquescence finale du péronisme de Peron.

La fin du spectacle met aux prises Isabelita avec le fantôme d'Evita dont le langage brutalement vulgaire (parfois imité ces dernières années par CFK pour faire peuple) est également bien rendu et nous évoque aujourd'hui le mode favori d'expression d'un Trump ou d'un Bolsonaro.

Les costumes sont superbes et la choréographie impeccable. Bref,une excellente soirée de théâtre brillamment menée par des acteurs sachant tout à la fois jouer la comédie, chanter et danser.

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