Régionales en Île-de-France: pas de transports de joie

Ayant reçu hier le matériel électoral je me suis plongé dans l'étude des programmes et surtout des listes de candidats aux régionales, et je n'ai pas été déçu...

J'ai reçu les professions de foi de 8 partis mais seulement 6 listes de candidats (pas de listes pour LO et l'UPR).

Parmi les professions de foi, je me suis intéressé surtout aux propositions programmatiques proprement régionales dans quatre domaines relevant des prérogatives du conseil régional et qui me semblent essentiels (transport, éducation, qualité de l'air, développement économique) y compris celles des plus petits partis, les autres (PS, LR-UDI, EELV, FDG, FN) pouvant être en partie jugés sur leur bilan collectif dans le pilotage de la région depuis qu'elle existe. Une des professions de foi (Lutte Ouvrière) contient exclusivement des mots d'ordre relevant de la politique nationale. Je l'ai donc laissée de côté dans cette analyse.

Je vous livre ci-après un rapide comparatif concernant la politique des transports:

Certaines professions de foi remettent en cause l'actuelle politique des transports et en particulier le projet du Grand Paris, dénoncé par certains comme trop coûteux et inadapté. Debout La France met en avant la rénovation des RER, les liaisons banlieues-banlieues par bus ou tramway et les aménagements routiers. Le Parti Libéral-Démocrate veut privatiser et "ubériser" (sic) les transports. L'UPR refuse au contraire toute privatisation. Le Front National critique implicitement le schéma directeur transport du Grand Paris en posant comme priorités l'amélioration des transports en grande couronne et la rénovation des lignes existantes  et ne traite par ailleurs les transports que sous l'angle de la lutte contre la fraude et l'insécurité.

EELV ne parle qu'en termes généraux de priorité aux transports en commun et de la gratuité des transports pour les enfants le week-end.

Le FDG propose le doublement du RER B, 10 000 embauches, 800 nouvelles rames, le Pass Navigo pour les mineurs et à 50% pour les seniors.

La liste LR-UDI parle de lignes neuves, de climatisation, de vidéo-protection, d'information voyageurs et de 4G.

La liste PS insiste sur la sécurité des femmes, la climatisation, l'automatisation, la 4G et les bus en grande couronne.

En première analyse on peut dire que les points mis en avant par le programme du PS combinent le programme du FN avec celui de LR-UDI en y ajoutant l'automatisation. Il me semble que seules les listes du PS et de LR-UDI adhèrent au schéma directeur du Grand Paris.

Ce qui me frappe dans l'ensemble des professions de foi, au-delà du côté gadget de certaines propositions, est une vision par trop sectorielle et fragmentaire des problèmes: visiblement personne n'a cherché à intégrer l'ensemble des problématiques (on peut penser que la politique des transports devrait contribuer à améliorer la qualité de l'air et favoriser le développement économique et donc être explicitement reliée aux autres axes programmatiques: par exemple, quid de l'encouragement à la motorisation électrique des véhicules?)

Au lieu de cela, on a l'impression que chaque liste a d'ores et déjà raisonné comme si elle avait son micro-ministre régional des transports gérant son pré carré.

Une fois mené cette analyse, j'ai jeté un coup d'oeil aux principales listes en concurrence et le taux élevé de chevaux de retour m'a laissé perplexe: il est quand même assez déprimant que le PS s'en remette à un Bartolone (oui, le pote à Tapie) ou à un Julien Dray pour diriger ses listes.

Voilà donc les deux choses dont crève la politique française, y compris au niveau régional: l'absence d'une vision stratégique et l'absence de renouvellement du personnel politique.

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