Historique condamnation de deux curés pédophiles en Argentine

Le jugement s'accompagne de sévères commentaires sur l'attitude du Vatican

Ce n'est pas la première fois que des prêtres coupables d'abus sexuels sur mineurs sont condamnés par la justice civile argentine: le Padre Grassi, reconnu coupable de viol sur un mineur, avait fini par être condamné il y a déjà une dizaine d'années, malgré le soutien sans faille de la hiérarchie catholique argentine à l'époque dirigée par l'actuel pape Bergoglio (au point que de l'argent de dons destiné à l'assistance aux pauvres fut détourné pour améliorer l'ordinaire du prisonnier Grassi). Dans ce cas comme dans d'autres, les autorités locales de l'Eglise cherchèrent pendant des années à étouffer le scandale et à faire taire les victimes par un mélange de pressions psychologiques et de promesses financières.

Deux prêtres ont donc été condamnés cette semaine par la justice de Mendoza à 45 et 42 ans de prison pour avoir abusé de dizaines de mineurs handicapés placés sous leur responsabilité dans une fondation pour l'accueil d'enfants sourds, l'Institut Provolo,_ créé en Italie et qui a également une implantation à La Plata (un des deux prêtres condamnés est également mis en cause pour des actes similaires commis à La Plata et aussi en Italie à Vérone, siège historique de cette fondation).

La lourdeur de la sentence répond (sans doute de manière excessive: je ne suis pas un chaud partisan des très longues peines d'emprisonnement) à l'énormité des crimes commis tel que perçue par l'opinion publique locale.

Ce qui est nouveau, et qui constitue un indice supplémentaire du rapide affaiblissement du cléricalisme dans un pays où l'Eglise catholique pesait encore du même poids d'obscurantisme moralisateur qu'en Irlande ou au Québec il y a encore quelques dizaines d'années (ou qu'en Pologne aujourd'hui), ce sont les commentaires concernant l'attitude du Vatican, qualifiée de « cynique et hypocrite » par le Ministère Public comme par l'avocat des parties civiles. L'immobilisme du Vatican et son refus de coopérer à l'enquête, malgré les offres d'information et les demandes de collaboration émises par la justice mendocine sont malheureusement typiques de la disjonction persistante entre les discours et les actes de l'Eglise en ce domaine: Bergoglio n'est pas Jésuite pour rien...

 

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