Une seule solution: la réunification de l'Irlande

La sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne est dans l'impasse à cause de la frontière nord-irlandaise. Seule la réunification de l'Irlande résoudrait le problème.

La clause de sauvegarde permettant de ne pas recréer une frontière entre l'Irlande du Nord et l'Eire est le point bloquant pour une sortie en bon ordre. L'actuel gouvernement britannique ne veut pas maintenir une union douanière avec l'UE (pourtant réclamée par l'opposition) qui serait le seul moyen d'éviter de rétablir une frontière terrestre entre les deux morceaux de l'Irlande ni accorder un statut particulier à l'Irlande du Nord (avec une frontière déplacée en mer d'Irlande) mais l'accord négocié avec les Européens implique le maintien au moins temporaire d'une union douanière englobant l'ensemble du Royaume-Uni en attendant qu'un arrangement définitif soit négocié.

Mais comme les Européens n'ont pas entièrement confiance dans la bonne foi des Britanniques lors des futures négociations (et à mon avis ils n'ont pas tort de se méfier des Anglais...) ils ont inscrit une clause de sauvegarde dénommée "backstop" (filet de sécurité) qui maintiendrait l'union douanière globale en cas de non aboutissement des négociations au bout des deux ans que doit durer la période de transition.

Les votes intervenus ce soir à la Chambre des Communes ne permettent pas de discerner quelle pourrait être l'issue: May a appuyé un amendement demandant une renégociation du "backstop" (ce que les Européens ont par avance refusé) et a encaissé un autre amendement transpartisan (voté de justesse par 308 voix contre 300) refusant une sortie de l'UE sans accord... mais sans que ce vote soit contraignant (les amendements plus contraignants déposés par la travailliste Cooper et le conservateur Grieve ont quant à eux été rejetés).

Les Conservateurs britanniques font semblant de croire que les Européens finiront par céder... et Theresa May gagne (ou plus exactement perd) deux semaines de plus avant le prochain vote au Parlement qui devrait intervenir le 14 ou le 15 février et pour lequel elle a promis d'accepter à nouveau des amendements.

De son côté, May espère peut-être que le noyau souverainiste des Tories finira par céder et par approuver "son" accord pour éviter une sortie brutale sans accord.

En réalité, la solution la plus raisonnable et la mieux compatible avec les termes de l'accord négocié serait la réunification de l'Irlande: le rattachement de l'Irlande du Nord à la république (qui est aujourd'hui aussi développée économiquement et même davantage laïcisée que l'autre morceau: on est loin du régime catho-réac imposé par De Valera dans les années 30) résoudrait le problème (mais c'est politiquement impensable pour les Tories et leurs alliés de la droite identitaire protestante nord-irlandaise).

Les accords du Vendredi Saint signés il y a vingt ans prévoyaient d'ailleurs la possibilité d'une consultation populaire à ce sujet, et vu le vote majoritaire pour rester dans l'Union Européenne enregistré en 2016, l'issue d'un référendum de rattachement pourrait être positive, ce qui mettrait fin à la partition imposée par les Anglais et les Orangistes protestants en 1921... et résoudrait ipso facto le problème du "backstop": il n'y aurait plus de frontière terrestre entre la Grande-Bretagne et l'Union Européenne.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.