Retour vers le futur: l'Argentine de 2001

Le gouvernement Macri vient d'annoncer un programme de "reprofilage" des dettes qui revient à admettre une situation de défaut.

Les mauvais augures l'avaient prédit, eux qui, concernant l'économie argentine, ont souvent raison: le gouvernement Macri va tomber en défaut avant la fin de son mandat.

Les signes se multiplient: avant-hier le "risque pays" (l'écart de taux calculé par JP Morgan) a atteint la valeur fatidique de 2001 points (soit 20%) et a atteint hier 2100 points, ce qui est une valeur correspondant à un défaut.

Depuis les primaires, la Banque Centrale a gaspillé 1,4 milliards de dollars de ses maigres réserves (il reste environ 13 milliards de réserves nettes) pour nourrir la fuite des capitaux dont 639 millions pour ces seuls deux derniers jours: à ce rythme, les réserves seront à zéro d'ici quelques semaines.

Le dollar est néanmoins monté hier au-dessus de 60 dollars (soit plus de 30% de dévaluation en quelques semaines)

Hier matin, la situation s'est brutalement aggravée: les lettres à court terme émises en dollars par le Trésor argentin (les LETEs) n'ont trouvé aucun preneur...

Après le départ de la mission exploratoire du FMI (à laquelle va succéder, à une date encore non précisée, la mission technique dont le rapport servira de base au Directoire du FMI pour prendre la décision de libérer ou non le dernier important versement de 5,4 milliards de dollars qui était censé arriver avant les élections de fin octobre.)

Le tout neuf ministre de l'économie Lacunza a été obligé d'annoncer des mesures de "reprofilage" (c'est à dire de décalage et d'étalement dans le temps) des remboursements d'intérêt et de capital sur les dettes à court et moyen terme avec un programme volontaire d'échange de bons à destination des prêteurs privés. Il est également question d'une renégociation des délais de remboursement du prêt du FMI. Tout ceci ressemble furieusement à la situation d'octobre-novembre 2001. Le FMI avait alors débranché la perfusion début décembre, et trois semaines plus tard se  produisit l'effondrement total du système financier argentin (et l'explosion sociale qui fit plusieurs dizaines de morts).

Dans son désespoir pour faire rentrer des dollars dans ses caisses, le gouvernement a pris une mesure d'apparence technique qui va déplaire à l'un de ses principaux soutiens politiques (et financiers de ses campagnes électorales): supprimer les crédits aux agents économiques du secteur agro-industriel qui exportent plus de 75% de leur production.
C'est en fait une façon indirecte de pousser ces agents à vendre leur  récolte... Il eut été plus simple et plus efficace de rétablir une réglementation supprimée par Macri qui consistait à obliger les producteurs-exportateurs à écouler leur récolte sous un délai de 6 mois, mais le crétinisme dérégulateur des néo-libéraux fait de la résistance, ce qui les réduit à des expédients hypocrites à l'efficacité douteuse.

Fidèle à sa promesse de ne pas aggraver la crise par des déclarations intempestives, Fernandez a refusé de s'exprimer sur les mesures prises par le gouvernement. Bref ça sent le pâté ("hay olor a cala" comme on dit là-bas) et il est de plus en plus probable que d'ici octobre le FMI ne lâchera pas le dernier paquet de son prêt pour trois raisons:

1°) Macri n'a plus aucune chance d'être réélu ; pour les Etatusiens il ne sert donc plus à rien de continuer à subventionner aux frais du FMI la "plata dulce" (voir mon précédent billet pour une explication de cette expression) qui était censée favoriser sa réélection.

2°) De plus en plus de membres importants du FMI (en particulier l'Allemagne) critiquent le laxisme très politique du FMI vis-à-vis de l'Argentine dont le passé de défauts à répétition aurait dû inciter la Direction du FMI à la prudence.

3°) la technocratie néo-libérale va chercher à contraindre le prochain gouvernement à passer sous ses habituelles Fourches Caudines (réduction des retraites, précarisation de l'emploi, privatisations etc.) et bloquer cet argent fait partie de ses moyens de pression.

La Direction du FMI pourra d'ailleurs aisément justifier le blocage de l'argent, vu l'état des finances du pays...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.