L'Argentine face à Bolsonaro

En Argentine, l'élection de Bolsonaro inquiète, et pas seulement les Argentins.

Le tournant franchement nationaliste,protectionniste et xénophobe que représente le prochain président brésilien a de quoi inquiéter l'Argentine à un double titre.

D'un point de vue économique, le premier discours du futur ministre de l'économie Paulo Guedes a mis d'emblée les points sur les i: ni l'Argentine ni le Mercosur ne font partie de ses priorités.

Or l'Argentine compte redresser sa balance commerciale entre autres:

  1. a) en attirant davantage de touristes étrangers ont les Brésiliens représentent le plus gros contingent devant les Chiliens et les Européens
  2. b) en relançant les exportations du secteur automobile (cette industrie est implantée depuis les années 50-60 à Cordoba) vers le Brésil en profitant du regain de compétitivité que représente la récente dévaluation du peso par rapport au dollar, mais aussi au réal (qui vaut actuellement 10 pesos)

Si le Brésil prenait prochainement des mesures protectionnistes à la Trump pour provoquer la relocalisation d'une partie de sa production industrielle, ce serait un double coup dur car la hausse des prix qui s'ensuivrait chez son grand voisin réduirait aussi le budget disponible de la classe moyenne brésilienne, présentement aussi avide de tourisme extérieur que l'argentine.

On peut supposer que l'affichage d'une distance nouvelle vis-à-vis de l'Argentine a aussi pour but de consolider le découplage entre les deux pays dans la perception des marchés financiers internationaux qui sont ravis de l'élection de Bolsonaro dont le programme de privatisations massives rappelle celui de Menem dans les années 1990.

L'autre source d'inquiétude est la montée de la xénophobie à l'égard des réfugiés vénézuéliens: le Brésil n'a reçu que 80 000 Vénézuéliens et cela a suffi pour propulser Bolsonaro à plus de 70% dans l'ètat frontalier du Maraima (et aussi dans la zone frontalière guyanaise) alors que le reste du Nordeste est resté majoritairement acquis au PT.

L'Argentine a accueilli ces dernières années 400 000 Vénézuéliens ce qui, rapporté à ses 42 millions d'habitants, représente un flux de même ampleur relative que les 800 000 Syriens entrés en Allemagne (80 millions d'habitants) il y a trois ans.

On entend de plus en plus souvent à Buenos Aires des réflexions hostiles aux Vénézuéliens accusés de prendre le travail des Argentins (le taux de chômage officiel est ici actuellement de 9,6%, comparable au taux français) et lors des incidents de la semaine passée devant le Congrès, des Vénézuéliens et des Turcs ont été arrêtés par la police (ils semblent avoir été pris par hasard dans des mouvements de foule alors qu'ils rentraient chez eux) et le gouvernement Macri veut durcir et accélérer les expulsions d'étrangers accusés de troubles à l'ordre public.

Même si l'Argentine est encore loin du niveau d'hystérie atteint au Brésil, l'émergence d'un mouvement anti-migrant semblable à l'AfD allemande n'est plus à exclure.

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