L'économie argentine asphyxiée

L'Argentine est malade de l'inflation, mais les taux d'intérêt imposés par la politique monétariste du gouvernement sont en train de détruire tout le tissu économique.

L'Argentine est malade de l'inflation, mais les taux d'intérêt imposés par la politique monétariste du gouvernement sont en train de détruire tout le tissu économique et le malade, comme les patients des Diafoirus de Molière, risque bien de mourir guéri.

Pour se faire une idée du dynamisme de l'activité économique, ce petit tableau relevé dans une des banques de Buenos Aires vaut tous les discours: les deux premiers chiffres sont la fourchette des taux appliqués par la banque à ses clients pour les prêts personnels: à 150% en moyenne, plus grand monde n'a les moyens d'emprunter.

La deuxième paire de chiffres représente les taux appliqués aux cartes de crédit: La première valeur de plus de 100% vaut pour les comptes en pesos, alors que la seconde valeur de 27% correspond aux cartes associées à des comptes en   dollars.

Les deux derniers chiffres sont les taux d'agios appliqués sur les découverts pour les comptes courants.

Taux bancaires pour les particuliers Taux bancaires pour les particuliers

Les Argentins ayant l'habitude, comme les Britanniques ou les Américains, de vivre à crédit (sachant que ceux des couches moyennes jonglent avec 3 ou 4 cartes bancaires différentes), sont maintenant pris à la gorge par les frais bancaires.

Dans ce contexte, la dégringolade économique se poursuit: les transactions immobilières ont chuté de 40% le mois dernier par rapport à l'année précédente; les fermetures d'entreprises se multiplient, même dans le secteur des produits alimentaires (ainsi, ces derniers temps, le fabricant de glaces Freddo et le groupe Sancor ont chacun fermé un établissement de production, mettant au chômage plusieurs centaines de personnes) qui est traditionnellement un des plus solides car acyclique et peu dépendant des importations puisque la matière première est produite localement, car la consommation (qui représente les 3/4 du PIB) continue de se contracter au rythme des pertes de pouvoirs d'achat des classes populaires et surtout des retraités: même le Financial Times d'aujourd'hui commence à s'émouvoir de la dégradation du pouvoir d'achat des Argentins, évidemment pas par philanthropie: les financiers internationaux s'inquiètent surtout de la possibilité de  turbulences politiques qui perturberaient l'OPA néo-libérale en cours sur l'ensemble de l'Amérique Latine.

Dans mon quartier de Palermo, pourtant de profil classes moyennes et classes moyennes supérieures (on peut le comparer en partie au 11ème arrondissement de Paris pour son côté vieux quartier rénové-branché), les fermetures de restaurants et de petits commerces se multiplient ces dernières semaines.

L'Argentine est encore loin de ce que fut l'implosion économique de 2001-2002, mais j'ai l'impression que l'on s'en rapproche petit à petit.

Il faut se souvenir qu'entre l'arrivée du FMI en mars 2000 et l'explosion sociale de fin 2001 début 2002, il s'était écoulé plus de 18 mois. La nouvelle mise sous tutelle de l'Argentine par le FMI ne date que de moins de 6 mois....

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.