L'étude du Lancet doit pouvoir être évaluée en détail

Les critiques de Raoult vis-à-vis du Lancet sont excessives dans le ton et non pertinentes sur le fond mais le refus des auteurs de cette étude de fournir leurs données brutes est inacceptable.

S'agissant d'une étude observationnelle fondée sur des données en provenance de multiples sources hospitalières, il est logique que de nombreux scientifiques réclament de pouvoir évaluer eux-mêmes ces données: lorsqu'une entreprise pharmaceutique soumet un dossier d'AMM, toutes les données brutes doivent être fournies aux autorités afin d'assurer une traçabilité complète des conclusions présentées à partir des données agrégées.

Le refus des auteurs de l'étude, s'abritant derrière des accords de confidentialité passés avec les institutions ayant fourni ces données, n'est pas acceptable. Compte tenu du grand retentissement international de cette étude, il est nécessaire de constituer pays d'origine par pays d'origine des données un panel d'experts travaillant sous le même accord de confidentialité que les auteurs de l'article, de manière à faire tomber cette objection.

L'erreur de codage ayant attribué à l'Australie quelques dizaines de cas se trouvant en réalité en Asie, erreur dont certains critiques font grand cas, n'est pas de nature à remettre en cause les conclusions générales de l'article. Ce serait évidemment différent si d'autres erreurs touchant des nombres plus importants de patients venaient à être mises au jour et c'est donc une très bonne raison pour exiger la transparence sur les données brutes et leur communication intégrale à des experts indépendants.
Cela dit, lorsque Raoult traite cette étude observationnelle (dont les limites ont au surplus été décrites par les auteurs eux-mêmes) de "foireuse", au vu des défauts méthodologiques de ses propres publications sur le sujet, c'est l'Hôpital qui se fout de la Charité...
Au moins Desai (le premier auteur de l'article du Lancet) a la décence de ne pas traiter d'hystériques ceux qui le critiquent, contrairement à l'attitude niaisement machiste qu'avait adoptée  Raoult pour refuser de répondre aux remarques scientifiquement fondées de la virologue hollandaise Elisabeth Bik... qui avait surtout le tort aux yeux du coronagourou marseillais d'avoir déjà plusieurs fois antérieurement épinglé des bidonnages dans des articles publiés par ses équipes.
Quand Raoult balaye d'un revers de main l'étude du Lancet en la qualifiant péjorativement de "Big Data", il montre a) qu'il ne sait pas vraiment ce que sont les traitements massifs de données qu'on range sous ce vocable (le vrai Big Data c'est des milliers voire des millions de fois plus volumineux que ce qu'ont traité les auteurs de l'article du Lancet), et b ) il fait une fois de plus de la démagogie anti-scientifique en convoquant tous les fantasmes autour de la "Big Pharma", de la "Big Data" et de la société de surveillance généralisée que la fraction la plus crédule et complotiste de son public de fans entretient volontiers.
Sur le fond, les traitements statistiques appliqués par Desai et ses collègues n'ont rien de mystérieux ni d'intrinsèquement foireux: il s'agit d'évaluer le poids de différents facteurs afin de corriger des biais inévitables dans des ensembles hétérogènes de données. Ce sont des analyses pas très différentes de celles qui permettent, par exemple, aux spécialistes de l'étude des résultats électoraux de déterminer, au delà des inévitables variations individuelles, dans quelle proportion telle classe d'âge ou telle catégorie socio-professionnel aura voté pour tel candidat.

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