L'Argentine à nouveau paralysée par la fièvre verte

Les Argentins qui le peuvent se ruent sur la seule monnaie en laquelle ils ont confiance: le dollar

Après le succès de la grève générale du 25 juin dernier, qui dérivait de l'absence de résultats du gouvernement Macri après deux ans et demi de politique néo-libérale, l'Argentine continue de foncer tout droit vers son habituel précipice financier: un défaut sur la dette d'ici la fin de l'année devient chaque jour plus probable.

Macri avait promis la "pauvreté zéro" et l'Eglise Catholique a publié récemment des informations alarmantes sur la montée en flèche du taux de pauvreté...

Macri, juste avant d'être élu président, prétendait que l'inflation serait facile à réduire (il prévoyait même une inflation courante à un seul chiffre au bout d'un an de "bonne gestion" garantissant "le retour de la confiance des investisseurs internationaux") mais l'inflation prévue pour 2018 est maintenant de 40%, après 40% en 2016 et 25% en 2017, et encore s'agit-il de l'indice officiel, l'inflation des produits de base consommés par les classes populaires (pain, huile, pâtes...) et des services privés consommés par la classe moyenne (couverture santé, éducation...) est encore bien plus élevée: les mutuelles ont déjà augmenté leurs tarifs de 46% cette année...

Il assurait qu'après la méga-dévaluation de son début de mandat, présentée comme un apurement du retard de taux de change induit par la gestion précédente, le peso allait se stabiliser. Or, le dollar valait hier soir près de 30 pesos, contre 15 pesos il y a deux ans...

Le déficit fiscal dépassera cette année 5% du PIB et l'endettement du pays a explosé (ainsi que la charge de la dette). Le déficit commercial bat également des records...

Le gouvernement se glorifiait ces jours-ci de ce que le pays, à force de suppression de toutes les régulations sur les flux de capitaux, soit désormais classé "marché émergent" par Morgan-Stanley Capital International (MSCI Inc.). Voici une nouvelle qui fera le bonheur de la poignée d'Argentins qui sont actionnaires des grands fonds internationaux d'investissement et le malheur du reste de la population.

Les seuls bénéficiaires de deux ans de politique néo-libérale sont l'oligarchie agro-industrielle, d'une part (par la suppression des taxes sur la rente agraire, la dévaluation massive du peso et la suppression des contraintes de délais sur la liquidation des récoltes, ce qui permet de spéculer sur la hausse du dollar) et les banques et opérateurs financiers, d'autre part (du fait de la disparition de toute limitation des entrées et sorties de capitaux, et l'absence de toute contrainte sur le temps de résidence).

Les Argentins aux abois font sous Macri ce qu'ils ont pris l'habitude de faire dans les précédentes périodes de haute inflation et d'érosion du pouvoir d'achat: ils convertissent leurs pesos en dollars dès que la paie arrive, afin de les revendre au fil de l'eau pour parvenir à boucler leurs fins de mois.

Hier, le gouvernement a tenté vainement de freiner la montée du dollar en vendant 450 millions de dollars, pris sur la première tranche de 15 milliards prêtées il y a quelques semaines par le FMI; à ce stade, les économistes prévoient au moins 4 trimestres de récession induite par les coupes budgétaires en cours sous l'impulsion du FMI et par la chute de la production industrielle et maintenant de la construction.

Un autre gouvernant "libéral" d'autrefois (Alvaro Alsogaray) face à une précédente crise économique et financière provoquée par le même type de libre-échangisme dérégulé (c'était au temps de Frondizi), avait eu cette phrase restée célèbre: "Hay que pasar el invierno" (Il faut arriver à passer l'hiver).

Cette fois-ci, Macri et sa petite clique de banquiers et de chevaliers d'industrie risquent de trouver l'hiver bien long, et le peuple argentin aussi.

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