Argentine: l'affaire des vaccins périmés

La semaine dernière une polémique entre le gouvernement et l'opposition s'est développée quant au gaspillage que représente des vaccins restés inutilisés jusqu'à péremption.

Le gouvernement a accusé ses prédécesseurs d'avoir laissé périmer en 2017, 2018 et 2019, près de 4 millions de doses de vaccins (dont plus de 2 millions d'antigrippal) représentant un coût total de 1400 millions de pesos (soit environ 20 millions de dollars au cours officiel actuel). En pleine crise sanitaire liée au Covid-19 et alors que le peuple argentin, soumis comme tant d'autres à un tas de contraintes ayant un énorme impact économique (le taux de pauvreté atteint 45%) , attend l'arrivée d'un vaccin, la nouvelle a fait pendant quelques jours les gros titres des journaux.

Le précédent ministre de la Santé du gouvernement Macri s'est maladroitement défendu en expliquant que cela n'avait rien d'un scoop et que tout le monde était au courant du problème, ajoutant avoir lui aussi hérité de la précédente gestion (kirchnériste) des vaccins périmés...

Les journaux (en particulier Ambito Financiero) ont enquêté et voici ce qui en est ressorti. D'abord le bilan des volumes de vaccins inutilisés:

2015: 1430 ; 2016: 275 237 ; 2017: 175 454 ; 2018 : environ 3 millions ; 2019: 491 298 ;

La première vague de gaspillage fut effectivement due au gouvernement kirchnériste, et semble correspondre à une recommande trop tardive en 2015 suite à une forte épidémie de grippe cette année-là, qui fut suivie d'une commande surabondante l'année suivante où l'épidémie fut moins sévère ; on peut s'étonner que l'Argentine n'ait pas essayé de revendre ou d'offrir à d'autres pays ces vaccins avant qu'ils ne périment. Mais c'est le genre d'idée qui n'est guère compatible avec l'argentino-centrisme bourrin des péronistes.

Le monstrueux pic de 2018, quant à lui, est intégralement attribuable à l'incurie du gouvernement néolibéral de Macri: 2,2 millions de doses de vaccins divers n'ont pas été distribuées aux provinces et 600 000 doses de vaccin triple dit DTP (Diphtérie-Tétanos-Polio) avaient tout simplement été oubliées en douane pendant 7 mois (en fait, elles n'auraient simplement pas été enregistrées dans la base de données du stockage des produits importés en attente de dédouanement en raison d'un  "problème technique" non précisé). Le gouvernement Macri avait déjà été critiqué en 2019 pour ses coupes dans le budget de la santé et le manque de vaccins qui en avait résulté, en particulier contre la rougeole.

On peut noter en passant que le saccage néo-libéral des politiques publiques de santé produit partout les mêmes effets.

Les vaccins périmés sont restés stockés dans des frigorifiques de la douane et le ministère a continué à payer pendant plusieurs années les frais de stockage (l'argent de ce gaspillage n'a sûrement pas été perdu pour tout le monde...) L'ancien ministre a expliqué que la destruction de ces vaccins devenus inutilisables était un processus coûteux et compliqué qui requérait la coordination de plusieurs administrations et ne dépendait pas du seul ministère de la santé. Un appel d'offre avait été lancé en 2018 mais l'entreprise de traitement des déchets biologiques qui l'avait remporté a voulu en renégocier le prix en raison de l'inflation galopante et les choses ont traîné, puis fin 2019 le gouvernement a changé; l'affaire est restée en suspens, et les vaccins périmés depuis deux ou trois ans sont restés au frigo... jusqu'à ce que le nouveau gouvernement qui se trouve en situation difficile, décide d'en faire un cheval de bataille contre Macri et sa bande.

Il s'agit finalement d'un nouvel exemple de l'incurie néolibérale en matière de santé publique, une histoire du même tonneau que l'affaire (révélée chez nous par la Presse) de ces vieux masques pouvant encore servir mais qu'on continuait consciencieusement à détruire par millions en France l'hiver dernier alors que l'épidémie de Covid-19 commençait à se répandre.

 

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