Michel DESILLE
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 mai 2015

Dessiner à Mons, ça fait BAM*!

Michel DESILLE
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dessiner dans l’exposition Van Gogh au Borinage, naissance d’un artiste au Musée des Beaux-Arts de Mons (BAM), risque de vous mener en garde à vue pour quelques heures, avec arrestation musclée !

Dessiner au BAM à Mons le 18 avril 2015 12h40 © Michel DESILLE


Le 18 avril dernier, j’étais au BAM pour découvrir cette exposition. Alors qu’aucune mention ni sur les billets, ni dans l’enceinte du musée n’interdit de dessiner, j’ai sorti mon carnet de croquis de mon sac et j’ai entrepris d’esquisser quelques œuvres. Pendant que je dessinais Femmes portant des sacs de charbon dans la neige, un agent en uniforme équipé d’un talkiewalkie m’a interpellé et signifié qu’il était interdit de dessiner les œuvres. Je lui ai répondu que j’avais bien entendu les messages annonçant qu’il était interdit de les photographier, mais que mon dessin n’était pas une reproduction. J’ai donc terminé celui-ci. Puis j’ai continué ma visite en allant voir l’Angélus, dessin de Vincent Van Gogh et copie de Jean-François Millet, et en ai commencé l’esquisse.


À ce moment, une femme en uniforme avec un badge, qui semblait être la responsable de l’agent vu précédemment, est arrivée accompagnée d’une dizaine d’autres agents qui m’ont encerclé. Puis cette femme s’est postée devant moi en me répétant que je n’avais pas le droit de dessiner les œuvres, et en me précisant que c’était mentionné dans le règlement.

A posteriori, j’ai pu vérifier que cette personne ne dit pas la vérité car l’extrait de règlement accessible au public ne mentionne que “l’interdiction de prise de vue”.


Je lui ai déclaré que dans tous les musées que j’ai pu visiter, jamais on ne m’a interdit de dessiner, puis je l’ai interrogée sur le lieu d’affichage de ce règlement. Elle m’a répondu que celui-ci était visible de l’extérieur. J’allais sortir et lui ai demandé si je pourrais ensuite continuer ma visite, elle m’a répondu que je ne pourrais plus rentrer dans le musée. Je l’ai priée alors de me présenter un document écrit mentionnant cette interdiction. Sa seule réponse a été d’affirmer que je gênais le public et qu’elle allait appeler la police.


J’ai posé la question à la cinquantaine de personnes présentes et seulement trois ont répondu que je les dérangeais (une était guide), j’ai donc déclaré que je ne dessinerais plus les oeuvres.


Une dizaine de minutes plus tard, cette dame est revenue accompagnée d’agents de police ; ces derniers m’ont demandé de sortir du musée. Je leur ai expliqué que je ne dessinais pas une œuvre mais un espace intérieur (le hall avec ses rampes), et que je n’avais pas l’intention de sortir du musée. Les agents de police m’ont alors ordonné de sortir du bâtiment, je leur ai dit que je ne sortirais pas de mon plein gré ; c’est alors qu’ils m’ont plaqué à terre violemment au milieu du public, puis toujours aussi violemment menotté dans le dos puis traîné hors du musée.


-Comment se fait-il que la police obtempère sans se poser de questions sur la véracité des motifs avancés?
-Comment est-il possible de demander une intervention de la police, alors que l’on n’a pas vérifié soi-même l’interdiction de dessiner ?
-Comment la direction d’un musée peut-elle justifier un telle violence dans l’enceinte d’un lieu de culture ?
-Comment se fait-il qu’un musée n’informe pas ses visiteurs sur une restriction de jouissance aussi exceptionnelle ?
Autant de questions restées à ce jour sans réponse.


Emmené au poste de police, menotté, privé de liberté pendant 4 heures, fiché, (prise d’empreintes, de photos anthropométriques) et, après déposition devant un juge, libéré enfin. Le lendemain, après une nuit sans sommeil, je suis allé consulter un médecin qui a pu constater de multiples hématomes et plaies superficielles.


J’ai relaté ces faits graves dans une lettre adressée au bourgmestre de la ville de Mons et demandé au musée le remboursement de mon billet (8 euros). La seule réponse que l’on m’a fournie à ce jour est un sec refus de ce remboursement .


Je ne verrai pas cette exposition (elle est terminée depuis le 17 mai) et je ne vous recommande donc pas d’aller à Mons, surtout si vous avez l’intention de dessiner.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Migrations
Face au risque d’expulsion à Montreuil : « Je veux juste un coin pour vivre »
Ce mardi, une audience avait lieu au tribunal de proximité de Montreuil pour décider du délai laissé aux cent vingt personnes exilées – femmes, dont certaines enceintes, hommes et enfants – ayant trouvé refuge dans des bureaux vides depuis juin. La juge rendra sa décision vendredi 12 août. Une expulsion sans délai pourrait être décidée.
par Sophie Boutboul
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — Politique économique
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema
Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon
Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal