Poppers : du traitement des maladies cardiaques aux pratiques récréatives

Le poppers, tout le monde en a déjà entendu parler, mais que connaissez-vous vraiment de ce type de substance ? La pratique récréative est la plus connue, mais quels sont les risques ? D'où provient ce produit et qu'en est-il de l'aspect légal ?

Jungle Juice, Everest Aroma ou Liquid Burning sont des noms qui ne vous évoquent rien de particulier ? Pourtant, sous ces appellations se cache une substance bien connue des jeunes entre 18 et 35 ans : le poppers. Puissant vasodilatateur proposé en vente libre, ce produit récréatif très apprécié de la communauté gay et des jeunes adultes procure une sensation d’euphorie, et peut même être employé comme stimulant. Derrière ce liquide odorant distribué en bureau de tabac se dissimulent un médicament, un aphrodisiaque puissant, mais également la cause de certains effets indésirables, dont l’impact sur la santé n’est pas à prendre à la légère. Nous vous proposons ici une plongée dans l’univers psychédélique du poppers.

Le poppers : une histoire qui commence en 1844

Le poppers se compose de diverses sortes de dérivés nitrés, notamment le nitrite d’amyle, un vasodilatateur dont la découverte remonte au 19ème siècle. En effet, c’est en 1844 que le chimiste français du nom d’Antoine-Jérôme Balard découvre cette substance, utilisée quelques années plus tard dans le soulagement des spasmes coronariens. Jusqu’en 1970, le nitrite d’amyle est employé comme traitement des angines de poitrine, et montre des résultats particulièrement intéressants. Toutefois, le domaine de la médecine évoluant rapidement, ce vasodilatateur est remplacé au 20ème siècle par une autre substance, la trinitrine.

Si l’utilisation de la trinitrine constitue une avancée majeure dans le traitement des maladies cardiaques, la découverte de ce nouveau produit ne fait pas les affaires du principal laboratoire fabriquant le nitrite d’amyle. Celui-ci cherche alors une solution, pour écouler son stock et éviter la faillite. C’est ainsi que dans les années 1970, le nitrite d’amyle embarque avec les soldats américains pour la guerre du Viêtnam.  

Le poppers et l’US Army

À l’époque où le nitrite d’amyle est remplacé par la trinitrine dans le traitement des spasmes coronariens, l’US Army est à la recherche d’un produit à la fois légal et efficace, pour aider ses soldats à affronter les difficultés d’une guerre, qui fera par la suite des millions de morts. Voilà qui réjouit le laboratoire à l’origine de la fabrication du nitrite d’amyle. En effet, ce dernier s’est aperçu que le vasodilatateur, alors utilisé dans le cadre médical, procurait une sensation euphorisante et désinhibitrice. En d’autres termes, un parfait stimulant pour les soldats américains. Voilà pourquoi, dans les années 1970, le nitrite d’amyle se démocratise aux États-Unis. C’est d’ailleurs à cette période qu’il prend le nom de poppers, pour le « pop » généré dans le cerveau à la suite d’une prise.

La démocratisation du poppers en France

Il faudra attendre les années 1980 pour que le poppers traverse l’Atlantique et soit commercialisé en France. Dès lors, il séduit en raison des effets agréables qu’il procure et devient de plus en plus populaire, notamment au sein de la communauté homosexuelle. Précisons qu’entre temps, aux États-Unis, le poppers est déclaré comme illégal. Mais, pour contourner cette interdiction, les fabricants distribuent leurs produits sous forme de parfums d’intérieur. Ingénieux

Mais, nous allons le voir, le poppers n’est pas au goût du gouvernement français. Aussi, il connaît de nombreuses interdictions, avant de redevenir légal en 2013.

Le poppers n’a pas toujours été légal dans l’Hexagone

Suite à la démocratisation du poppers, les fabricants ont imaginé d’autres compositions, à partir de plusieurs dérivés nitrés. Aussi, débarquent sur le marché des produits plus forts, qui inquiètent les pouvoirs publics et les autorités de santé. Le poppers a donc rapidement fait l’objet d’interdictions dans l’Hexagone. Retraçons son histoire :  

  • 1990 : c’est l’année du tout premier décret interdisant la vente, ainsi que la distribution du poppers composé de nitrite de pentyle et de butyle.
  • 2007 : à l’époque, François Fillon signe le décret interdisant toute forme de poppers, quel que soit le dérivé nitré qui le compose.
  • 2009 : le gouvernement annule le décret de 2007. Seuls les poppers composés de nitrite de pentyle et de butyle sont alors interdits à la vente et à la distribution.
  • 2011 : les nitrites de propyle, d’amyle, de pentyle et de butyle font de nouveau tous l’objet d’une interdiction. Leur commerce est interdit.
  • 2013 : en raison de l’impossibilité d’établir une corrélation entre consommation de poppers et pharmacodépendance, le Conseil d’État annule le décret de 2011 concernant l’interdiction du vasodilatateur.

Le poppers, une substance pas si inoffensive

Nous venons de le mentionner, il n’existe pas de rapport établi entre consommation de poppers et risque de dépendance. Néanmoins, ce puissant vasodilatateur possède des effets surprenants, dont des effets dangereux.

  • Une sensation euphorique, que recherchent plus particulièrement les jeunes consommateurs.
  • Une augmentation de la libido, qui fait du poppers un aphrodisiaque très apprécié dans le milieu gay.
  • Une baisse de la tension artérielle.
  • L’accélération du rythme cardiaque.
  • La détente musculaire, facilitant le relâchement des muscles lisses.
  • Une sensation de chaleur.

Une consommation excessive de poppers est également à l’origine d’effets secondaires indésirables et potentiellement dangereux :

  • Des malaises.
  • Des maux de tête.
  • L’apparition de croûtes au niveau du nez.
  • L’apparition de troubles anémiques.
  • Des problèmes respiratoires.

En savoir plus avec le site l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de la Santé.

Aussi, la consommation de ce vasodilatateur nécessite de prendre certaines précautions. En effet, celui-ci ne peut être absorbé que par inhalation et ne doit en aucun cas être bu ou appliqué directement sur la peau. En outre, la combinaison de poppers et de Viagra augmente significativement le risque d’arrêt cardiaque et peut entraîner la mort.

En France, où trouver du popper ?

Aujourd’hui, nous l’avons vu, le poppers est de nouveau légal en France. Aussi, il est possible de le trouver dans les sex shops, et plus récemment dans les bureaux de tabac et les parapharmacies. Il est également distribué en ligne, via des e-commerces spécialisés.

Nous vous déconseillons fortement de faire l'expérience d'un site e-commerce sans mentions légales françaises. Un site français est l'assurance de produits légaux. Il est également préférable de faire confiance à un site mettant en garde sur les dangers du poppers, comme celui-ci

Le poppers « made in France », ça existe

L’entreprise Everest Aroma est effectivement « made in France », puisqu’elle a été créée par deux jeunes bretons. D’ailleurs, la marque se vante de commercialiser le produit le plus fort du monde : le poppers Everest Premium. Très apprécié par les consommateurs, on retrouve cette substance bretonne dans tous les points de ventes précédemment cités. Toutefois, l’entreprise affirme proposer également sur le marché des poppers pour tous les goûts, du plus léger au plus « brutal », le nom choisi pour l’une de ses créations les plus puissantes. 

Mais quoi qu'il en soit, faîtes attention. Documentez-vous !

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