Mutilations sexuelles et ordre moral (problématique et concepts de base de la lutte contre les mutilations sexuelles)

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"Quand tu étais petit, souviens-toi de ces marques,

On t'apprenait déjà que jouir, c'était le diable."

 

"Ce n'est pas la peine de dire                                 

Que les enfants nous ressemblent,                          

Qu'ils ont les mêmes cicatrices                               

Et qu'ils naissent avec la violence.

Ca nous arrange bien de dire ça,                

Ca nous aide à les éduquer                                    

A notre image, …"                                             

 

"Ce postulat : parents, savoir, pouvoir,

Et cette dictature sournoise

Qui les éloigne de leur beauté initiale… "

 

"Si tu t'aimes un peu,

T'aimes les autres." Morice Bénin

 

 

I - Qui et pourquoi ?

(l'agent des mutilations sexuelles : l'ordre moral ;

l'initiation, c'est la sujétion)

 

"Ce commandement n'a pas été institué pour corriger une déficience congénitale mais une déficience morale." Maïmonide

 

"Le sexe de (l'enfant) apparaît bien comme un enjeu de possession, un symbole de soumission." d'après Simone Veil

 

"… la mutilation la plus sanglante peut-être jamais imposée au cours du temps à la vie érotique de l'être humain." Sigmund Freud

 

"La circoncision uniformise les corps pour communautariser les esprits plus tard et jusqu’à la tombe." Mohamed Louizi(blog mediapart)

 

            Semblant vouloir sermonner l'humanité entière, le philosophe juif Maïmonide prône la circoncision au nom d'un ordre moral qui, sous couvert de religion et tradition, prétend fabriquer des surhommes. Cet eugénisme odieux castre l'enfant de l'organe spécifique de l'autosexualité, décrétée immorale. Nous sommes en pleine aberration puritaine puisqu'à supposer l'autosexualité condamnable, seul l'usage de l'organe le serait et non l'organe lui-même. Inhumaine trahison parentale, la torture barbare de ce commencement de castration présentifie pour la vie entière une menace de castration et même de mort. Auto-exclusion, elle discrimine à la fois le groupe ethnique lui-même et le reste de l'humanité. C'est l'instrument d'un ordre tyrannique qui tente de dominer l'enfant et l'adulte au prétexte du "C'est pour ton bien." Semblablement, à la fin du 19ème siècle, l'excision et la circoncision furent introduites dans le monde anglo-saxon pour prévenir l'autosexualité. Mais en 1950, à la suite de l'article alarmant du Dr Gairdner, la médecine anglaise abandonna la circoncision du jour au lendemain. En 2010, l'Association médicale royale néerlandaise a pris une position catégorique contre la circoncision non-thérapeutique au motif que, sans nécessité et au prix de complications physiques et psychologiques (la KNMG ne savait pas encore que le taux d'autisme est beaucoup plus élevé chez les enfants circoncis) parfois sérieuses, elle viole le droit de l'enfant à l'intégrité physique. Les justices pénales finlandaise (2006), puis allemande (2012), ont condamné la circoncision. Le 14 juin 2013 à la Sorbonne, ouvrant la réunion fondatrice d' "Excision, parlons-en", Madame Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, a déclaré qu'elle allait mentionner dans son prochain rapport au président de la république que les mutilations sexuelles féminines et masculines sont discriminatoires. Mais, après le tollé des religieux musulmans et juifs et du chef de l'état israélien consécutif à la décision du 1er octobre 2013 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui s'est prononcée à une forte majorité pour le respect du droit de l'enfant à l'intégrité physique, l'avis du 2 décembre 2013 de la CNCDH n'en a rien fait. Cependant, dès 1989, le premier symposium de NOCIRC(1), suivi par Alice Miller(2) en 1990, a qualifié les mutilations sexuelles des deux sexes de "plus grand crime contre l'humanité".

            La répression verbale s'ajoute à ces atroces tortures. Assimilant le plaisir au vice, elle interdit la sexualité dite – bien à la légère – infantile et la sexualité avant le mariage. Seule présente dans le reste du monde, cette mutilation sexuelle mentale asservit semblablement l'individu au puritanisme hypocrite. Peut-être moins irréversible, la mutilation des esprits par la parole est aussi redoutable que les excisions physiques ; elle a le même but de rendre l'individu docile en le traumatisant par mise sous terreur inconsciente et par l'instauration de la loi aberrante de l'interdit du plaisir. Sous menace de perte de l'amour, et donc d'exclusion, un décret stupide fait de l’autosexualité le péché originel. Il est féroce et dangereux parce que c'est un mensonge à la fois parental et sociétal. Opérant par imprégnation dès le plus jeune âge, c'est un véritable tabou, difficile à extirper des consciences.

 

 

II – Comment ?

(les mutilations sexuelles : comble de la répression de la sexualité infantile)

 

"Le soir, avant de se coucher, elles devaient toutes se mas…..r, pour bien savoir ce qu’elles allaient perdre,… " Gérard Zwang. Préface de "Le drame de l'excision" (Dore-Miloch L.)

 

"Ne jetez pas votre semence parmi les épines. Tâchez de vous circoncire." (Jérémie, 4 : 3-4)

 

            Malgré le traumatisme de sa propre circoncision qui lui fit commettre de graves erreurs cliniques et théoriques(3), Freud s'est élevé contre ce tabou universel. La découverte de l'autosexualité du fœtus par l'échographie lui apporte un puissant soutien mais l'autosexualité est toujours méprisée. Imaginez un être qui l'a librement pratiquée dans le ventre de sa mère : vous-même. Voici qu'à la sortie de cet éden, alors que vous prenez votre bain, au lieu d'un compliment, on vous fait soudainement les gros yeux en disant sévèrement : "Pourquoi est-ce que c'est comme ça ? Tu y as touché ?", comme si cela avait été préalablement interdit. Supposer connu et normal un interdit jamais encore proféré n'est-il pas un comble de répression ? Par-dessus le marché, tout le monde autour de vous condamne la nudité et déprécie votre acte d'amour de vous-même en le désignant par des termes réprobateurs. La racine (stupratio) du plus courant, désigne le trouble (cf. per-turbation) et renvoie à "stupre" et "turpitude". "Autosexualité" doit remplacer ce terme odieusement culpabilisant. Il est illusoire de vouloir lutter contre les crimes sexuels sans reconnaître que l’autosexualité n'est pas de la débauche mais un comportement naturel.

            Les découvertes de la psychanalyse : d'une part la sexualité infantile et l'inconscient, d'autre part les traumatismes infantiles et leurs ravages (cf. Freud et Alice Miller), s'élèvent contre ces abus. La violence dans l'éducation, plutôt que les soins tendres, a des résultats catastrophiques : elle génère névrose, psychose et perversion, violence, dépression et addictions. L'enfant perçoit en effet la répression de la sexualité infantile comme une menace de mort par perte de l'amour et donc par abandon. Mettant le plaisir hors la loi de façon aberrante, cette menace s'oppose à la résolution du complexe d'Œdipe : l'adhésion à la loi. Aussi est-elle susceptible de bloquer son développement. Les perversions, notamment la pédophilie, sœur jumelle de l'homophilie (Freud, Ferenczi et Bergeret parlent d’homoérotisme), le sexisme et le viol, sont la conséquence directe de l'hypocrite réprobation publique de ce que chacun fait allègrement en privé. Seuls les séducteurs, les violeurs et les pédophiles se "masturbent", dans leurs victimes, leur accordant le même mépris que celui qu'ils ont subi dans leur sexualité d'enfants. Ils n'auront plus ce besoin lorsque l’autosexualité sera socialement acceptée. Des études transculturelles de l'anthropologie américaine (cf. James Prescott – violence.de) ont, avec une corrélation statistique absolue, vérifié sur des populations entières les observations des psychanalystes. Elles constatent que la douleur est inhibée par le plaisir, et réciproquement, et que la violence est conséquence de la carence de tendresse dans l'enfance et de l'interdiction de la sexualité prémaritale.

            Blessant la dignité humaine d'une façon typique de l'ordre moral (violation de l'intimité), les rituels obsessionnels perpétrés sur les enfants : mutilations sexuelles, perçage des oreilles (une défloration symbolique), etc., sont un comble de cette répression. Dénuder quelqu'un pour lui mutiler le sexe est une humiliation révoltante.

            La flétrissure était jadis une marque de stigmatisation des criminels. Mais voici que toute une frange de la jeunesse s'insurge inconsciemment contre la répression de l’autosexualité par l'absurde réalisation sur elle-même d'une caricature de ces marquages : tatouages, perçages, etc. L'ornement symbolisant l'organe sexuel, ces automutilations provocatrices et perverses (fétichisme) sont l'expression inconsciente à la fois d'une culpabilité et d'une rébellion contre un interdit de l’autosexualité particulièrement sévère dans certaines familles. Il s'agit d'un nouveau snobisme qui se qualifie parfois d' "ethnique" mais ces jeunes gens ne réalisent pas qu'ils se révoltent par l'absurde contre la stigmatisation de l'autosexualité.

 

 

III – Quoi ? (une définition)

 

            La préservation du clitoris et du prépuce se fonde sur six faits qui illustrent leur caractère essentiel à la vie.

            Premier fait : les mineurs. Les mutilations sexuelles visent le plus souvent les mineurs. Mais à lutter contre les seules mutilations féminines, les féministes occidentales, à l'avant-garde du combat, en font une affaire de genre et une joute entre les sexes. Elles reprochent aux hommes d'imposer l'excision aux femmes – qui la réalisent (!) – et accusent les non sexistes d'amalgamer excision et circoncision. Ce faisant, elles oublient que les papas qui, certes, financent l'excision, ont eux-mêmes été circoncis avec la complicité de leur propre maman. Le résultat, nous allons le voir plus loin, est que l’excision n’est que la partie la plus scandaleusement visible de l’iceberg des mutilations sexuelles. Au lieu d'aborder ces dernières dans une optique dynamique, transgénérationnelle, plutôt que statique, les féministes amalgament violence contre les adultes et violence contre les mineurs. Mais la guerre des sexes est une guerre d' "adultes ignorant l'enfant en eux-mêmes" (Maud Mannoni), et la guerre des générations, c'est la guerre aux enfants ; pour éviter toute résistance, on pratique maintenant l'excision à la naissance, et à l'hôpital malgré l'interdiction de l'OMS. Avec Mme Albagly (directrice de la DDASS du Rhône – Colloque MSF du 26.02.07 à Lyon), nous affirmons : "Le droit au respect de l'intégrité physique de tous les enfants n'est pas négociable."

            Deuxième fait : sexuelles. Les organes spécifiques de l’autosexualité (clitoris et prépuce) ne sont pas des organes génitaux mais les organes du pur plaisir, sans aucune autre fonction pour le clitoris (à la différence de l'ablation du gland, l'excision n'empêche pas la reproduction).

            Troisième fait : la mutilation physique. Pour quatre-vingt pour cent de la population mondiale qui jouissent de ces organes, le plaisir particulier, éventuellement extrême, qu'ils procurent, est indiscutable. L'excision diminue, supprime ou transforme le plaisir en douleur. La destruction du plaisir clitoridien entraînant souvent celle du plaisir vaginal, les deux tiers des excisées sont frigides. Chez l'homme, la perte est le plus souvent limitée à celle du plaisir préputial, non négligeable. De récentes découvertes anatomiques apportent un fondement scientifique à cette affirmation empirique. En 1996, John Taylor a mis l'accent sur la fonction d'exquise mécanique érogène de l'extrémité de la lèvre préputiale. Cette découverte met fin à la fable selon laquelle la paupière protégeant l'érogénéité du gland, mini-vagin de l'homme dans l’autosexualité, ne serait pas un organe. N'ayant pas reçu le prix Nobel qu'elle mérite, elle reste ignorée bien qu'expérimentalement confirmée par l'enquête de sensibilité de Sorrells. Enfin, la troisième fonction sexuelle du prépuce, celle de coussinet mobile réducteur de friction dans le coït, a aussi été mise en lumière. Elle explique pourquoi les africaines aux partenaires circoncis sont beaucoup plus touchées par le SIDA que les hommes, si bien que la campagne de circoncision de l'OMS est meurtrière pour l'Afrique. Plusieurs enquêtes ont montré que la circoncision est sans influence significative sur la transmission des IST, sauf, mais à moyen terme seulement, le SIDA. Cependant, la bioéthique interdisant la mutilation préventive, la circoncision ne peut être pratiquée sans motif médical très sérieux, sur les mineurs comme sur les adultes.

            Quatrième fait : le traumatisme. Mis en lumière par Freud, les traumatismes portant sur la sexualité infantile provoquent la formation de l'inconscient et sont la cause profonde des maladies mentales. Portant atteinte à l'image du corps, la castration des organes de l’autosexualité a de fortes répercussions émotionnelles et crée un grave traumatisme, le plus souvent inconscient. L’autosexualité, la toute première sexualité, la plus naturelle, inoffensive et innocente, est lourdement culpabilisée, d'autant plus que la circoncision menace le garçon de castration totale. Mais, et même dans les cultures non exciseuses, les filles aussi souffrent inconsciemment de la menace associée à la circoncision. En effet, si l'on détruit le fourreau du gland, que va-t-il alors arriver au clitoris, un si petit organe ? Il suffit d'ailleurs d'une menace symbolique et l'on substitue parfois à l'excision le passage d'un couteau au-dessus du corps de l'enfant. Cette mise en scène criminelle illustre la présence de la menace de mort dans toute mutilation sexuelle.

            Cinquième fait : la prise de possession de l'individu par le groupe au moyen d'une violence terroriste. Le sacrifice humain d'une partie du corps met en œuvre un puissant mécanisme psychologique d'asservissement. Car pour l'inconscient comme pour la pensée fétichiste, primitive ou infantile, la partie vaut pour le tout (cf. les abus du vaudou qui, après l'interdiction des mutilations sexuelles par les esclavagistes, "possède" ses victimes jusqu'à les forcer à la prostitution au moyen d'une simple mèche de cheveux coupée). Fondés sur une pulsion de domination perverse, ces abus de pouvoir impliquent une inacceptable possessivité : "Je sais, donc j'ai le droit de disposer de ton corps."

            Sixième fait : discrimination et ségrégation. Effectuées pour garantir une prétendue supériorité morale, les mutilations sexuelles isolent l'ethnie par un racisme artificiel, le plus souvent dans le but de favoriser l'endogamie et la possession des femmes. Elles sont aussi une mesure d'asservissement par exclusion des opposants.

            La pire de toutes les violences prétendues éducationnelles, les rituels de mutilation sexuelle instaurent la raison du plus fort en terrorisant la personne humaine à l'âge où elle est le plus vulnérable. Méthodes barbares d'interdiction de la sexualité infantile, ces marquages possessoires exercent une emprise perverse du groupe sur l'individu encore mineur pour le forcer au travail, à la reproduction et à la guerre. Elles humilient en condamnant le plaisir personnel par la castration de ses organes spécifiques. Elles rendent fréquemment la sexualité douloureuse pour les femmes et appauvrissent sévèrement l’autosexualité masculine. La douleur atroce, la terreur de l'opération et le rappel permanent des menaces de castration, d'exclusion et de mort associées traumatisent profondément, le plus souvent inconsciemment. Elles sont ainsi l'une des plus odieuses techniques d'asservissement de l'individu, responsable de fanatismes virulents. Prétendant socialiser en garantissant la valeur morale mais détruisant l'identité humaine dans sa partie la plus intime, leur illusoire supériorité discrimine étrangers et opposants par un racisme artificiel.

 

 

IV - Les conséquences : exclusion, ségrégation, discrimination, racisme et violence

 

"Si la haine crée l'objet, elle est aussi ce qui menace le plus violemment son existence. Parce qu'elle fait de l'identité de soi à soi un concept exclusif, voire fétichisé, la haine porte en elle le rejet de toute altérité. Quand elle se fait l'alliée d'un narcissisme des petites différences, elle devient le vecteur d'une pureté qui ne tolère plus aucune bigarrure, aucun mélange. Pureté de la race, purge, épuration ethnique, le pur et la haine habitent les mêmes contrées."

Jacques André et Isée Bernateau

 

      "Un incirconcis n'est pas un homme." (dicton africain)

 

1) L'exclusion des opposants

            Le dicton africain implique le rejet des opposants, considérés comme mineurs, débauchés et lâches, et la sanction systématique de l'absence de mutilation est l'exclusion de la communauté. Ce châtiment révèle les caractères profonds de la pratique : élitisme et sentiment de supériorité (permettant à l'handicapé sexuel de lutter contre la dépression), exclusion, barrière au mariage hors du groupe (grand souci des racistes), et enfin interdiction d'enterrer les intacts dans les cimetières communautaires, voire sur le territoire national (Arabie Saoudite), sauf circoncision posthume (Juifs).

 

2) L'exclusion des autres groupes ethniques

            Un signe particulier ne peut fonder l'identité. C'est une fausse identité, une identité d'aliénation collective par auto-exclusion. Censées procurer une supériorité morale, physique et même sexuelle, les mutilations sectaires séparent le groupe de l'humanité. Anti-sexuelles, antidémocratiques et culturalo-racistes, elles discriminent les groupes voisins.

            Or l'exclusion appelle la haine. Spinoza et Freud ont dénoncé la circoncision comme source de haine de la part des peuples voisins. Cette haine est réciproque. Gravissime pathologie collective (syndrome de Münchhausen par procuration transgénérationnel et collectif, syndrome de Stockholm aggravé), la circoncision génère une violence particulièrement élevée. Sur les vingt-trois génocides des temps modernes : musulmans circassiens (1860), congolais (1870), héréros (1904-07), grecs (1914-18), assyriens (1914-25), arméniens (1915), serbes (41-45), juifs (1942-45), tziganes (1942-45), tchéchènes (1944), communistes indonésiens (1965-66), biafrais (1966-68), guinéens (1968-79), bengalis (1971), hutus (1972), habitants de Bornéo-Est (1975-79), kurdes (1988-89), tutsis (1994), bengalis (1990-2000), bosniens (1991-95), habitants du Darfour (2003), kurdes d'Irak (2005), Rohingyas (2012), vingt (87%) ont impliqué des circoncis d'un côté au moins et cinq des deux côtés. Les circoncis en ont perpétré douze, dont sept contre des intacts. Cette forte corrélation est logique ; une atteinte volontaire au corps humain crée un sentiment de supériorité chez ceux qui la pratiquent et le sentiment inverse chez les autres. Entre 1996 et 2002, à l'exception d'une guerre civile (Sri Lanka), toutes les guerres ont impliqué au moins un pays circonciseur. Elles furent plus de trois fois plus nombreuses dans les pays circonciseurs. La peine de mort y est deux fois plus répandue. Ils sont les seuls à pratiquer l'excision. En Norvège, entre 2006 et 2010, deux pour cent de la population qui sont circoncis ont commis cent pour cent des viols sur quatre vingt dix pour cent de norvégiennes de souche. Les mutilations sexuelles séparent l'enfant de la mère par la violence à l'âge de l'attachement. C'est monstrueux, le résultat est catastrophique ; la circoncision est le terreau du sexisme, de la paranoïa (réciproque), du fanatisme et du terrorisme de groupe ou d'état. Elle fait l'équilibre de la terreur et la fortune des marchands de canon.

            Plus fascistes que le fascisme puisqu'elles visent les enfants, les mutilations sexuelles sont insupportables aux fascistes. Mais les démocrates ne peuvent les tolérer. Prenant pour alibi les festivités du folklore, ces ordalies sont imposées par des élites militaires et religieuses au comportement adolescent. Les sociétés qui les préconisent sont affectées d'une forte propension au communautarisme, au fondamentalisme, à la tyrannie patriarcale et à la domination des femmes. Elles ont un caractère sexiste. Elles considèrent femmes et enfants comme les objets d'un droit de propriété. Elles n'accueillent pas l'enfant dans une société régulée par la différence des sexes et des âges mais socialisent ou affilient par le traumatisme d'une initiation barbare et militaire qui enrôle pour la guerre. Elles sont ainsi encouragées par les régimes tyranniques qui s'en servent d'incitation à la violence et de signe de ralliement. Le signe communautaire est toujours un appel au nationalisme, un signe de guerre, de possession de l'individu et d'exclusion des étrangers. Les mutilations sexuelles font, au sens propre, porter au peuple le chapeau d'une culpabilité inexistante : écharpe, voile, burka, kippa, tatouages, obésité forcée, lèvres buccales ou vulvaires étirées, scarifications, dents cassées, pieds bandés, luettes, clitoris et prépuces coupés, peine de mort, aux armes et cetera…, l'escalade des techniques de manipulation des esprits par le marquage des corps, le pire instrument de la guerre des générations, canalise les besoins humains au service des intérêts des classes et générations dominantes.

 

3) L'atteinte à l'espèce humaine et la discrimination des autres ethnies

 

"Mais une personne privée ne peut pratiquer une telle ablation (mutilation d'un membre), même avec le consentement du patient ; ce serait commettre une injustice envers la société, à laquelle l'homme appartient avec tous ses membres." Saint Thomas d'Aquin

 

            La motivation du père de l'Eglise est similaire à celle du dixième principe de la Déclaration universelle des droits de l'enfant des Nations Unies :

 

"L'enfant doit être protégé contre les pratiques qui peuvent pousser à la discrimination raciale, à la discrimination religieuse ou à toute autre forme de discrimination."

 

            Le racisme est d'autant plus arrogant qu'il s'appuie sur des mutilations qui visent à assurer la possession des femmes. Ainsi, les trois grands mythes de la circoncision : supériorité morale (vertu, chasteté, fidélité, pureté, spiritualité), supériorité hygiénique et supériorité sexuelle, visent surtout à convaincre les jeunes femmes pour favoriser l'endogamie. La chose est encore plus évidente pour l'excision.

            Les mutilations sexuelles ne sont pas à proprement parler racistes mais fonder une identité collective sur une atteinte à celle de l'espèce n'est pas seulement dégradant en soi, c'est aussi discriminatoire. On cherche à fabriquer des surhommes par une prétendue supériorité par différenciation imposée. C'est un racisme artificiel, plus raciste que le racisme, un racisme à la puissance deux, du néo-Gobineau mis en acte par Mengele. Les peuples qui se taillent une identité au couteau sur le corps de leurs enfants offensent le reste de l'humanité Un comble est atteint dans le chapitre 17 de la Genèse où ce racisme prend la dimension d'un droit divin qui, sous condition d'acceptation de la circoncision, promet à Abraham l'hégémonie :

 

"… tu seras le père d'une multitude de nations… " (Genèse : 17 : 4)

 

Cette hégémonie sera plus tard confirmée par la supériorité ethnique absolue du mythe de l'élection divine :

 

"… si vous gardez mon alliance, vous serez mon trésor entre tous les peuples… " Exode, 19 : 5

 

            Comme les mutilations sexuelles reposent sur d'antiques coutumes et sont commises pour le bien de l'enfant, en amour et sans intention de nuire, le seul moyen de les pénaliser est de dénoncer la volonté de discrimination et ségrégation, sous menace d'exclusion des opposants, de ce crime contre l'humanité.

 

 

Conclusion

 

            L'absence de signe biologique de passage à l'âge adulte ne permet pas d'en instaurer comme témoin la destruction des organes spécifiques de l’autosexualité. Tout au contraire, la seule initiation, c'est l'autosexualité (auto-initiation) et certainement pas son interdit. Les mutilations sexuelles donnent droit au mariage en certifiant, souvent prématurément, un passage à l'âge adulte accompli dans la soumission à l'ordre établi. C'est un faux certificat. On peut craindre au contraire que nombre de mutilés ne parviennent pas à la véritable maturité, caractérisée par la reconnaissance profonde de la différence des sexes et un désir vrai de l'autre sexe, acquisition permettant seule l'accès des peuples à une démocratie réelle par la reconnaissance du pouvoir des femmes. Tant que prévaudront la répression de l'autosexualité et le sexisme qui dresse un genre contre l'autre au lieu de les rassembler pour défendre les tout petits, elles ne pourront pas être éradiquées.

            Si la lutte contre la circoncision est en bonne voie aux Etats-Unis où le taux de circoncision est tombé de 90 à 55%, celle contre l'excision meurtrière (5 à 15% de décès immédiats, 20% à l'accouchement) ne progresse qu'au compte-gouttes et, dans un paradoxe scandaleux, sa médicalisation au sud de la Méditerranée est suivie de sa restauration au nord. Cela parce qu'on s'attaque aux symptômes sans prendre le mal à la racine : la culpabilité et la culpabilisation de l’autosexualité, si bien qu'on ne s'en prend pas à la circoncision, ce qui apporterait au combat un réel efficace. La recommandation d' "abstinence" dans la prévention du SIDA montre que l’autosexualité est toujours considérée comme une conduite infantile ou débauchée. On semble ignorer que tout être humain est un enfant qui prend de l'âge et que celui qui est incapable de régresser ne peut pas non plus progresser. Les mutilations sexuelles ruinent le droit fondamental de 830 millions de personnes. Ne s'attaquer qu'à l'excision, c'est négliger 85% des victimes.

            Vu leur âge, les mutilations sexuelles sont le seul crime contre l'humanité dont personne ne se plaint. Irréversibles, elles nuisent à toute la population : enfants, adolescents, couples momentanément séparés, divorcés ou à besoins sexuels différents, célibataires et veufs. Perpétrées sous divers alibis : religion, tradition, hygiène, folklore, elles imposent à l'enfant le mode de vie des adultes par une odieuse torture. L'une des causes du fanatisme, du terrorisme suicidaire et de redoutables tyrannies, elles sont incompatibles avec la démocratie. Les sociétés ou régimes qui les tolèrent ne méritent pas le nom de civilisation ou démocratie. Fondées sur une perversion de l'éthique détournée en moralité moralisante, créant la névrose au sein du peuple pour donner une base sociale à celle des dominants, elles prétendent donner des leçons au peuple. C'est au profit de ceux qui l'exploitent. Leur abolition est une étape dans la lutte contre la répression de la sexualité et pour le droit de la personne humaine à la libre disposition de son corps et au respect de son intégrité, son autonomie et sa dignité physiques, sentimentales et mentales. La médecine ne peut servir de prétexte à la barbarie. En l'absence de "motif médical très sérieux" (article 41 du code de déontologie médicale), mutiler est contraire à la bioéthique. Dans une société civilisée, on ne doit pas toucher à un seul cheveu d'un enfant et l'abolition des châtiments corporels doit être étendue aux enfants. Le droit au corps doit figurer dans l'article 1 de la Déclaration universelle des droits de la personne humaine :

 

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits, en premier lieu le droit au corps, dans ses trois dimensions d'intégrité, dignité et autonomie."

 

 

"L'acier qui nous mutile du satin,

"Nos blessures inutiles au lointain,

"Nous ferons de nos grilles des chemins,

"Nous changerons nos villes en jardins."

Jean-Jacques Goldman (Il suffira d'un signe)

 

 

Donné en conférence à l'Université de Keele (R-U) au 10ème symposium de NOCIRC le 4 septembre 2008, ce texte été approuvé par Madame Najaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement français, et cité par Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny et membre du Bureau international des droits de l'enfant, dans son article du 7 septembre 2012 contre l'excision et la circoncision. Il a été publié par CaféBabel et AgoraVox.

 

 

ARTICLES LIES :

- Entre barbarie et exclusion, la circoncision, comble d'un ultra-racisme inconscient, hyper-dangereux, masqué derrière religion, tradition, culture et folklore, catalyseur de fanatisme, terrorisme, génocide et féminicide

 

- Pourquoi les génocides (génocide et circoncision, une théorie du génocide)

 


(1) Prescott J. http://montagunocircpetition.org/

(2) Miller A. Introduction aux considérations sur les mutilations sexuelles, in La connaissance interdite : affronter les blessures de l'enfance dans la thérapie. Paris : Aubier ; 1990. p. 164.

(3) Bertaux-Navoiseau M. Psychanalyse des mutilations sexuelles, mutilation sexuelle de la psychanalyse.

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