"L'EVANGILE SELON YONG SHENG " de DAI SEJIE. Une note de lecture

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L'EVANGILE SELON YONG SHENG

Un roman de Dai Sijie (2019)

Dai Sijie, d'origine chinoise a longtemps séjourné en France où il est connu, notamment pour son roman « Balzac et la petite tailleuse chinoise ». Son nouveau roman «  L'évangile selon Yong Sheng » qui a été écrit directement en français, nous permet d'apprécier la richesse de sa langue et sa verve narrative. Ce long texte ( 439 pages!) pourrait être défini comme un roman picaresque qui suit les aventures d'un personnage de son enfance à sa mort, une vie pleine de rebondissements, de joies et de malheurs. Elle se déroule dans le sud de la Chine, de la chute de l'Empire en 1911 aux années qui succèdent la mort de Mao , presque un siècle donc d'histoire de la Chine, une histoire particulièrement troublée d'où cette vieille civilisation sort profondément bouleversée.

Yong Sheng ne peut être perçu comme un représentant typique du peuple chinois, il est trop particulier, pourtant il vit en tant que Chinois de base, toutes les vicissitudes que ce peuple a traversé. Mais il les vit d'une manière originale. Il est orphelin de son père qui était charpentier ( tiens ! Cela nous met la puce à l'oreille!) et il est recueilli par la famille d'un pasteur américain, missionnaire. Il est donc éduqué dans la religion chrétienne sous sa forme protestante. A l'adolescence, il est envoyé étudier au séminaire à Shanghai et il deviendra pasteur. Entre temps, il a été marié par le pasteur à une jeune personne qu'il aime. Au séminaire, il apprend qu'elle est enceinte et il est fou de joie. Mais une lettre lui fait savoir que l'enfant n'est pas de lui … mais du pasteur ! Ce premier traumatisme nous révèle toute la personnalité de Yong Sheng : il souffre mais ne se révolte pas, il prendra soin de l'enfant, la chérira jusqu'au delà d'une scène de la Révolution Culturelle lors de laquelle SA fille devenue Garde Rouge le dénonce comme ennemi du Peuple, le renie et l'abandonne à ses bourreaux. Sa mort sera son dernier calvaire : son petit-fils est trafiquant de drogue ( nous sommes dans l'après-Mao) et fait envoyer des colis à l'adresse de son grand-père qui, repéré par la police, sera condamné à mort. Les dernières pages du livre sont sublimes : c'est la méditation de Yong Sheng, ses pensées pleines de poésie et de musique, d'amour pour toute la création, durant les quatre injections létales de son exécution.

Ces dernières pages résument parfaitement ce que nous avons perçu de la personnalité de Yong Sheng durant sa vie, une personnalité fascinante dans sa simplicité et sa beauté. On pourrait le dire naïf dans la mesure où il n'y a pas de clivage en lui entre la pensée et l'action, le corps et l'esprit. Ce qu'il transmet, ce n'est pas une morale mais le témoignage de l'esprit dans la vie. Ce qu'il rayonne c'est l'amour de la vie et des êtres. Il aime tout ce qui vit , les animaux et les plantes. C'est un artiste et un homme qui n'a pas perdu la faculté d'émerveillement de l'enfance, si bien que le mal glisse sur lui et qu'il ne le juge pas.

L'évangile selon Yong Sheng, ce ne sont pas des paroles prophétiques, c'est une vie, un témoignage, une façon d'être qui rappelle bien sûr le message du Christ, mais qui s'en distingue aussi par l'absence de prédication.

Yong Sheng : une possibilité de vivre la perfection humaine au-delà de toute religion, d'être dans la joie au-dessus de toutes les misères du monde. C'est la beauté que nous offre Dai Sijié dans ce magnifique roman dont la cascade d'événements parfois nous amuse, parfois nous bouleverse, mais nous tient toujours en haleine.

 

Michel Pennetier

 

 

 

 

 

 

 

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