À Briançon aussi, une liste (vraiment) citoyenne aux Municipales

Briançon, petite sous-préfecture des Hautes-Alpes a plutôt souvent fait parler d'elle ces derniers temps. Accueil des réfugiés, mouvement des gilets jaunes, défense du train de nuit Paris-Briançon, etc... Les mobilisations sont nombreuses mais quelle peut être leur traduction dans le champ électoral ?

Les municipales à Briançon : une liste (vraiment) citoyenne se présente aux suffrages des électeurs/trices

                        

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                          Briançon, petite sous-préfecture des Hautes-Alpes a plutôt souvent fait parler d'elle ces derniers temps.

                     La ville est implantée dans la vallée de la Haute-Durance, au débouché des cols venant d'Italie qu'empruntent de nombreux réfugiés et migrants en défiant la militarisation de la frontière et parfois au péril de leur vie : la solidarité montagnarde joue à plein pour accueillir, aider et défendre ces frères humains dans la difficulté ou la détresse.

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De l'autre côté, écrit et dessiné par Anne Moutte


                         Briançon a aussi connu un important mouvement des Gilets jaunes, installé au rond-point de Chamandrin, au sein duquel se sont retrouvées de nombreuses personnes, désireuses d'exprimer directement et sans filtre leurs colères et leurs aspirations, en particulier leurs aspirations démocratiques à travers la revendication du RIC (Référendum d'Initiative Citoyenne).

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Gilets jaunes au rond-point de Chamandrin (Briançon)

                        Plus récemment, la mobilisation contre la casse des retraites et leur marchandisation a entraîné des mobilisations qu'on n'avait plus vues, à Briançon, depuis celles, déjà anciennes, pour la défense de l'hôpital (cet hôpital où sont accueillis les traumatisés des pistes de ski, les randonneurs et alpinistes du massif des Ecrins, mais aussi, au quotidien, la population montagnarde de l'Escarton de Briançon - et quoi quand il n'y aura plus d'hôpital, que les hélico ne pouvant pas décoller et les cols étant fermés à la circulation, des traitements d'urgence ne pourront être délivrés à des victimes ???).
                          Encore plus proche de nous, la spectaculaire grève des saisonniers des stations de ski (Serre-Chevalier, Montgenèvre pour les plus proches de Briançon, mais aussi Puy-Saint-Vincent et Pelvoux, Risoul et Vars, Les Orres et Orcières) contre la réforme de l'assurance-chômage macroniste qui affaiblit les garanties qu'avaient ces travailleurs en contrats courts, d'été ou d'hiver, dans les stations ou dans l'hôtellerie, dans l'agriculture ou le bâtiment: avec les nouvelles règles, beaucoup sinon la plupart n'auront plus accès à l'indemnisation chômage qui existait auparavant.

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Les saisonniers en grève, sur le champ de neige de Serre-Chevalier, le 15 février 2020.

                   Et puis Briançon, ces dernières années a été bruissante des grosses manifestations répétées pour la défense de la ligne de chemin de fer Paris-Briançon, menacée par les réformes de la SNCF et le manque d'investissements, en particulier le train de nuit - une des deux dernières lignes maintenues en France, pour le plus grand bonheur des vacanciers parisiens mais aussi pour le maintien de l'activité touristique dans la vallée). Il y a eu celles organisées contre la construction d'une nouvelle ligne à haute tension (LHT) par EDF au mépris des paysages et de l'environnement, non pour assurer la bonne desserte des habitants du Briançonnais mais dans seul but principal de fluidifier la vente d'électricité nucléaire, produite dans la vallée du Rhône, à des clients du reste de l'Europe. Il y a eu les actions contre le projet de privatisation des barrages hydro-électriques (celui de Serre-Ponçon, sur la Durance, en particulier)

                           J'oublie peut-être d'autre mobilisations briançonnaises... A Briançon comme dans d'autres petites villes des Alpes du Sud (Gap, Forcalquier), les mouvements sociaux de diverses natures, même petits à l'échelle nationale, ont une grande importance locale. Ils témoignent de ce que dans la "France profonde", tout comme dans les métropoles, le raz-le-bol vis-à-vis de la politique néo-libérale et autoritaire est très important.
                           Et pourtant, le député-maire de L'Argentière, petite ville voisine de Briançon, vieux notable radical cumulard qui en était à son quatrième mandat de parlementaire, monsieur Joël Giraud, a trahi son électorat et rallié la macronie, récompensé qu'il a été d'un poste de rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale.
                          Quant au maire de Briançon, élu socialiste de longue date, il avait soutenu le ralliement de Giraud à LREM en 2017 mais, au moment de se représenter pour un troisième mandat à la mairie de Briançon, 2 ans et demi plus tard, il récuse le sigle LREM au profit d'une étiquette de gauche qu'il pense sans doute plus compatible avec la sensibilité majoritaire de la population (rappelons qu'au premier tour de la Présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête avec 26% des suffrages et Macron 22%).

                          Nous en sommes là. Il y a cinq listes à Briançon. Et sur les cinq il y a une seule liste citoyenne, la seule qui reflète les diverses mobilisations déjà évoquées. Sur la photo, prise lors du débat organisé par la chaine de télé locale, DICI-TV, c'est facile, il y a une seule femme, c'est elle qui représente la liste Briançon-citoyenne et elle sera peut-être maire de Briançon dans un mois.

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Le débat entre les cinq têtes de listes aux Municipales, à Briançon. DICI-TV.

                          Aurélie Poyau a été pendant deux mandats élue sur la liste du maire sortant. Première adjointe lors du premier mandat puis adjointe à l'urbanisme et aux projets urbains, elle a été appréciée pour son professionnalisme, son dynamisme et sa capacité d'écoute. Elle a soutenu la candidature de Mélenchon en 2017 (écouter ce qu'elle disait à l'époque).

Aurélie Poyau et Gabriel Léon s'expriment sur l'élection municipale à Briançon

                          La liste Briançon-citoyenne s'est formée après d'intense réunions informelles tenues ces derniers mois, au cours desquelles les citoyens engagés sont passés progressivement de l'idée qu'il fallait essayer de créer une sorte de contre-conseil municipal, producteur de projets qui seraient ensuite adressés à la municipalité pour obtenir leur mise en oeuvre, quitte à réclamer et obtenir des référendums locaux - une idée qui tenait à coeur à de nombreux Gilets jaunes mais qui rejoignait aussi l'ambition de nombreux participants d'aller vers une véritable de municipalité-citoyenne, sur le modèle bien connu de Saillans - pour finir par se sentir assez déterminés et suffisamment préparés pour assumer la présentation d'une liste-citoyenne défendant elle-même son propre programme, aux élections municipales de Briançon.


                         
                        Ce processus d'investissement citoyen direct peut s'observer dans de nombreuses petites villes, pour ne citer que l'exemple de Forcalquier dans les Alpes-de-Haute-Provence. Comment seront comptabilisés les résultats de ce genre de liste au soir du premier tour puis du second? Mystère... mais quoi qu'il en soit, le mouvement de la révolution citoyenne est lancé et il ne s'arrêtera plus.

https://briancon-citoyenne.weebly.com/

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 PS : mise à jour du 6 mars :

  • Dernière minute : validation du soutien LFI à la liste Briançon-citoyenne, citoyenne donc, et soutenue actuellement par :  EELV, LFI et PCF !

 

 

 

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