Un pouvoir qui se rend illégitime par son comportement

Une vidéo montre les soignants de Bicêtre et Macron applaudissant ensemble; fausse nouvelle orchestrée par l'Elysée. Depuis le confinement des EHPAD, avec interdiction de visites des familles, je ne peux plus rien écouter venant de ce pouvoir. Des soignants aux EHPAD et à toute la société française, le traitement c’est : mépriser, mentir, soumettre, affaiblir, violenter.

 Un pouvoir qui se rend illégitime par son comportement

CheckNews (Libé) : « Une vidéo partagée le 9 avril par l'Elysée, montrant le personnel de l'hôpital Bicêtre et Emmanuel Macron applaudir ensemble, a déplu à des soignants présents lors de la visite. Ils dénoncent une vidéo tronquée. »

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                           Depuis que ce gouvernement a décidé le confinement des établissements qui hébergent des personnes âgées dépendantes, et le confinement dans leurs chambres des résidents si des cas de contamination sont détectés, avec interdiction de visites pour les familles, même pour accompagner un proche dans ses derniers instants, je ne peux plus rien écouter venant de lui.

                           Qui sont ces conseillers ministériels, ces hauts fonctionnaires, qu’on ne connaît pas, qu’on ne voit jamais mais qu’on imagine comme une armée de clones à l’arrogance sans limite et au surmoi démesuré, qui ont dicté ce genre de recettes aux femmes et hommes politiques auxquels ils sont supposés apporter de vraies solutions ? d’où sortent-ils, de quelle intelligence disposent-ils, à quelles morale se réfèrent-ils ?

                            Quant aux ministres qui approuvent et défendent de telles décisions, plus rien ne peut nous surprendre venant d’eux. Les vaticinations stupides de la porte-parole du gouvernement ne sont rien à côté de ce scandale, les mensonges, les évitements et les palinodies de ceux qui parlent, chaque soir dans le poste, au nom du ministère de la Santé, se réduisent à un détail d’arrière-plan, le spectacle du désastre qu’ils ont organisé en décidant de ne pas produire massivement des masques, des tests et des médicaments, en refusant d’organiser l’hébergement à l’écart de leurs proches des personnes malades et contagieuses, et autres défaillances du même tonneau n’est que de l’écume ; c’est leur inhumanité qui recouvre tout, à l’œuvre depuis l’élection présidentielle, elle se révèle depuis deux mois à leur manière de gérer la crise. Le traitement qu’ils ont réservé aux EHPAD relève en tous points de celui qu’ils réservent d’ordinaire aux pauvres, aux chômeurs, aux mal logés, aux migrants, aux personnels hospitaliers, aux enseignants, aux salariés, aux gilets jaunes qui manifestent, aux étudiants, à tout ce qui bouge dans la société française. Ce traitement c’est : mépriser, mentir, soumettre, affaiblir, violenter.

                            Le benallisme est l’alpha et l’oméga du comportement de la clique qui s’est emparée de notre pays. Les Pénicaud, Darmanin, Belloubet, Blanquer, Castaner, Ndiaye, pour n’en citer que quelques-uns, à l’image de leur patron jupitérien, ont une conception tyrannique du pouvoir. Cela vaut pour leur traitement des personnes âgées dépendantes comme pour le reste de la société.

                            Chacun sait que la conséquence des choix du pouvoir c’est que, dans les EHPAD, des milliers de résidents sont décédés avant toute hospitalisation, la plupart sans assistance respiratoire, et le plus souvent sans avoir revu leurs proches, ... Sait-on dans quelles conditions, en fait ?

                             Chacun sait que c’est en toute connaissance de cause qu’on a envoyé à la mort les personnels hospitaliers, sans protections, sans armes a-t-on dit. Et on a fait la même chose pour le personnel des EHPAD. Macron a dit qu’on était « en guerre » ; rien n’est moins vrai que cette formule pour décrire la catastrophe contre laquelle nous luttons, mais par contre il est certain que lui, avec ses références à Clemenceau, se voit en héritier de ces vieilles badernes qui envoyaient à la boucherie dans des combats inutiles et menés en dépit du bon sens des centaines de milliers de jeunes hommes traités comme de la chair à canon. Son point de vue est celui d’une élite refermée sur son monde, indifférente au sort de « ceux qui ne sont rien ». Voyez comme il a annulé par ordonnances, d’un trait de plume, toute une série de droits acquis des travailleurs (temps de travail, heures supplémentaires, travail de nuit, congés payés) et ordonné que les salariés sortent du confinement et, « peur au ventre » ou pas, reprennent les transports en commun et retournent à leurs postes de travail sans leur apporter la moindre protection ni aucune garantie vis-à-vis de leurs patrons trop heureux de cette aubaine.

                             La surdité du pouvoir, depuis des mois que la crise hospitalière s’aggravait, face aux demandes sans réponse des personnels hospitaliers, ne laisse aucun doute sur l’incapacité de ces hommes et femmes qui nous gouvernent à bâtir une politique sur la base des besoins réels de la société. Comme il a été dit, au sujet de la durée du congé de deuil en cas de décès d’un enfant : « un peu d’humanité ! », que diable…. Leurs priorités sont ailleurs, celles-ci sont idéologiques, dogmatiques, voire totalitaires, assises sur leur volonté de domestication de la société pour garantir les privilèges de l’argent, les rentes du capital, la prospérité du 1% de la société, et proportionnelles à l’étendue du malheur du peuple. Le président du MEDEF, Roux de Bézieux, est sur ce point totalement raccord avec Mme Pénicaud, M. Maire, Mme Pannier-Runacher, et avec leur général en chef… La justice sociale, ils ne connaissent pas. Ayant leur place depuis toujours du côté des tyrans, ils ignorent même que la décence devrait les obliger à se taire un peu, de temps en temps.

                            Suspendre les loyers, reporter les échéances de crédit, garantir le montant des revenus, primes et heures supplémentaires compris, c’est un non-sujet pour eux. Réquisitionner les ressources des privilégiés - des riches - via l’impôt, c’est aussi un non-sujet. Les bases inégalitaires de notre société, entre privilégiés et gens de peu, sont sacrées et on n’y touche pas….On préfère annoncer qu’il va falloir « travailler plus » !

                             Depuis le début de cette crise sanitaire, le pouvoir ne connaît qu’une méthode : mensonge, mépris, coercition. Et nul doute qu’il entend organiser, bientôt, le « déconfinement » en adoptant la même logique.

                             Barbarie.

 

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