Jack Ralite est mort

Jack Ralite est mort. Cette nouvelle déchire le cœur comme le fit, naguère, celle de la mort d’Antoine Vitez.

Jack Ralite est mort. Cette nouvelle déchire le cœur comme le fit, naguère, celle de la mort d’Antoine Vitez. C’est un « homme rouge » (Svetlana Alexeievitch), d’une espèce pas si rare mais qui vit cachée, qui est mort ; un « homme rouge » qui aurait pu dire, comme Varlam Chalamov qu’il avait « participé à une grande bataille perdue pour un renouvellement effectif de la vie » ; et qui aussi avait pu dire, à propos de ce qui se passait dans le parti communiste : « Quel piètre mouvement que celui dont le cœur ne peut pas accueillir plus d’une tendresse ».

Ralite, c’était « l’humain d’abord » fait homme. Loin d’un slogan ; une manière de vivre. En consacrant une grande partie de son existence militante - outre aux habitants de sa ville d’Aubervilliers ; il faudrait parler de son « œuvre municipale » - à la promotion du théâtre et de la culture et, par exemple, à l’illustration de ce que furent les enthousiasmes, les croisades, les odyssées de Jean Vilar et de Vitez, Ralite avait introduit l’entreprise théâtrale et le projet de « la culture pour tous » au cœur de la politique, il avait fait de la politique une acmé de la civilisation. Il avait donné aux artistes, aux créateurs, des moyens politiques de se sentir légitimes, compris et encouragés : États généraux de la culture. Il bâtissait pour les siècles.

Ralite voyait grand. Peut-être ne s’était-il jamais remis d’avoir compris que ceux qui l’avaient appelé au ministère de la Santé dans le gouvernement Mauroy ne voyaient pas à la même échelle et faisaient, simplement, de la politique.

Ralite n’a jamais renoncé. Il a continué à dire ses fidélités ( par exemple au « pauvre B.B. » - Berthold Brecht - témoin de ces « sombres temps » qui rendaient « la voix rauque »), à tracer son chemin, à cultiver ses affinités. Loin du « spectacle ».

Beaucoup de citoyens engagés essayent de trouver les voies de cette politique éthique mais ils n’ont pas toujours connaissance de la tentative ralitienne.

 

Références : Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge ; Varlam Chamalov, Carnets de notes ; Philippe Lefait, Quatre petits ministres et puis s’en vont ; Jack Ralite, Complicités avec Jean Vilar et Antoine Vitez.

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