Le pouvoir choisit le virus

Avec le déconfinement à partir du 11 mai, même progressif, et faute d’un plan de production massive de masques, tests et médicaments, le pouvoir semble avoir choisi en silence la voie de l’immunisation de masse des Français « quoi qu’il en coûte ».

Le pouvoir choisit le virus

                   La réouverture progressive des crèches, écoles, collèges, lycées, si elle n’est pas accompagnée du port du masque obligatoire et de tests systématiques avec éviction des porteurs du virus, même « sains » et asymptomatiques, signifie qu’on va organiser à la plus vaste échelle possible le redémarrage brutal de l’épidémie. Macron prétend même, malgré les avis médicaux et au défi du simple bon sens, que le dépistage systématique « n’aurait aucun sens ». Collèges, lycées, écoles seront de nouveaux foyers épidémiques.
                 C'est pour assurer le retour au travail d’un maximum de salariés que le gouvernement, ayant réglé le problème de la garde des enfants, prend ce risque de relancer l'épidémie. Les salariés, s’ils ne sont ni dotés de masques ni testés, avec éviction et mesures d'hébergement des porteurs du virus, contribueront à leur tour à la diffusion de l’épidémie.
                Le gouvernement semble décidé à poursuivre le confinement des seules personnes fragiles, en particulier des personnes âgées en EHPAD, mais sans  annoncer des dotations en moyens et en personnels, sans envisager de tester systématiquement, sans prendre la mesure de l’immense tragédie qui a lieu dans les résidences pour personnes âgées dépendantes.

                  Avec le déconfinement annoncé à partir du 11 mai, même progressif,

- alors que depuis des semaines, le corps médical et de nombreux Français derrière lui, réclament qu'avant tout on teste, qu’on diagnostique et qu’on traite massivement, tandis que le gouvernement ne l’évoque même pas comme un objectif,

- et alors qu'il ne dit rien des traitements,

- qu'il n’annonce aucun plan de mobilisation des ressources industrielles pour produire massivement les masques, les tests et les médicaments qui  manquent, même au personnel médical,
               le pouvoir semble avoir choisi cyniquement et en silence la voie de l’immunisation de masse des Français « quoi qu’il en coûte ».

                   L’économie (les profits pour être exact) avant tout ! Le gouvernement n’annonce pas la fin de la réforme des retraites et de l’assurance-chômage. Il n’annonce aucune revalorisation des salaires des soignants – peut-être une prime…, aucun financement supplémentaire pour les hôpitaux depuis le début de la crise sanitaire et il renvoie à un futur « plan » la fin attendue de la politique de destruction du service public hospitalier. Le président n’a rien dit au sujet des prétentions du MEDEF et de sa secrétaire d’Etat à l'Economie de vouloir faire « travailler plus » les salariés ; il n’a pas besoin de démentir, les mesures de destruction aggravée du code du travail sont déjà dans les ordonnances. Il n’a pas annoncé de contribution des hauts revenus et des gens fortunés, la solidarité nationale ne va pas jusque-là ! Pour les libéraux, le monde d'après c'est « Business as usual ». Et on imagine très bien ce que seront et pour quelles catégories de Français les « efforts » annoncés...

                   Les bonnes « paroles verbales » de la fin du discours présidentiel n’engagent que ceux qui voudront bien y croire. C’est ce que montre l’évocation de la seconde phrase, si controversée, de l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, indiquant, après l’affirmation de principe de « l’égalité en droits », que des inégalités de fait restent légitimes, requalifiées en « distinctions sociales » ; c’est, depuis lors, la base de la pensée libérale qui veut que les Français sont sans doute égaux mais que les inégalités et les privilèges sont maintenus, fondés qu'ils sont sur leur « utilité commune »…. Oser utiliser cette phrase pour prétendre rendre justice avec des mots à « ceux qui ne sont rien » parce que la crise actuelle aurait démontré à quel point ils sont utiles à tous, c’est encore un bel exemple de novlangue macroniste.

                    Si le gouvernement peut encore se survivre malgré son échec lamentable et massif, il ne le doit qu'à la seule mobilisation sans faille du personnel médical qu'il a envoyé « au front » et sans armes. Il n’a pas d’autre bilan.
                    Et, après avoir écouté le discours du chef macroniste, les Français savent que le pouvoir n’a rien appris de son échec devant l’épidémie, ils savent qu’il ne prendra aucune des mesures nécessaires pour en limiter le développement et les malheurs qu’elle va entraîner encore, et surtout ils savent qu’il poursuivra dans la même voie.

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