Jean-Luc Mélenchon militariste ?

Dans le JDD du 12/07/2020, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé sur ce que devrait être la défense nationale s’il venait à gouverner le pays ; elle serait fortement appuyée sur un important renforcement "tous azimuts" des moyens militaires de la France.

Jean-Luc Mélenchon militariste ?

                     Dans le JDD du 12/07/2020, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé sur ce que devrait être la défense nationale. Pour l’essentiel, il a repris en les illustrant les éléments déjà inscrits dans L’Avenir en commun (LAEC), programme des Insoumis à l’élection présidentielle de 2017 : « Interrogeons notre conception de la défense nationale. La protection du territoire est-elle garantie? Peut-on continuer avec une marine dont le déploiement sur nos territoires maritimes correspond, en densité, à la présence de deux voitures de police pour tout l’Hexagone? Quel est le caractère opérationnel de la dissuasion nucléaire quand la cyberguerre et la présence dans l’espace permettent de hacker les communications de l’adversaire? C’est comme si à l’heure des fusils nous montions au front munis d’arbalètes. Au XXIe siècle, il y a trois nouveaux territoires de conflictualités : la mer, l’espace et le numérique. Les conditions de la puissance ne sont plus les mêmes. La France doit être active dans ces domaines. Nous en avons tous les moyens humains et techniques. Ce serait un puissant ressort d’invention et d’enthousiasme collectif. » Comme souvent, Mélenchon a parsemé son propos, dans cette interview, de considérations sur « la souveraineté », « la puissance » de la France, et même « l’humiliation » du pays pendant la crise du Covid ; elles constituent l’arrière-plan de cette politique de défense nationale.

                      D’une manière générale, Mélenchon, tout en faisant, ici et là, révérence à des principes pacifistes, au rôle de l’ONU, au désarmement multilatéral et à un horizon dénucléarisé tels qu’ils sont formulés dans LAEC, se présente surtout en promoteur d’une politique de « puissance » à relents nationalistes qui se voudrait « gaullienne » et qui, s’il venait à gouverner le pays, serait fortement appuyée sur un important renforcement des moyens militaires.

                      Mélenchon prône une augmentation du budget des armées, annonce une loi de programmation militaire ambitieuse, veut augmenter la présence militaire française sur les cinq continents (sous prétexte de possessions post-coloniales dispersées aux quatre coins de la planète), entend ne pas renoncer à l’arme nucléaire (dont on voit mal ce qu’elle a d’humaniste et de fonctionnel mais dont on connaît l’énorme coût et le rôle dans l’existence d’un lobby nucléaire puissant au cœur de l’État), prévoit de lancer la France dans une course à la militarisation de l’espace déjà engagée par d’autres « puissances » (contrairement aux traités existants et aux principes onusiens) – ce qui aurait aussi un coût, sans doute énorme lui aussi –, et veut faire du « cyberespace », c'est-à-dire du numérique, un nouveau front où se jouerait l’indépendance française et même en faire un cinquième bras armé (avec l’armée de terre, de mer, de l’air et l’arme nucléaire).

                    Bref, c’est le renforcement tous azimuts, renforcement des moyens, des budgets, mais aussi renforcement de la posture de « la puissance », de la « grandeur » françaises. Du « souverainisme » dont Mélenchon se réclame on semble glisser vers une forme d’impérialisme.

                    On peut être inquiet. Chacun a en tête les qualificatifs peut amènes dont Mélenchon use parfois pour parler d’autres peuples, sa rhétorique franchouillarde qui laisse un goût amer, son goût pour le côté « Grand leader » qui évoque des séquences historiques qui ne font pas rêver ; il est des mots qu’on ne songe pas à accoler à son patronyme : pacifiste, citoyen du monde, et sur ce plan sa conversion « écologiste » reste à faire (sans compter que ses prévisions de dépenses militaires n’ont rien de frugales, soutenables ou décroissantes) ; il faut donc y ajouter une ambition prétorienne un peu dévorante.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.