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Billet de blog 3 sept. 2015

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Photojournalisme : la chasse aux photos volées

Le web charrie en masse des photographies d’amateurs, mais également des images réalisées par des photographes professionnels. Toutes se retrouvent sur le web, très souvent sans que les droits d’auteurs soient acquittés. Les photographes peuvent maintenant faire valoir leurs droits grâce à des logiciels. Le point à l’occasion de Visa pour l’image.

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Le web charrie en masse des photographies d’amateurs, mais également des images réalisées par des photographes professionnels. Toutes se retrouvent sur le web, très souvent sans que les droits d’auteurs soient acquittés. Les photographes peuvent maintenant faire valoir leurs droits grâce à des logiciels. Le point à l’occasion de Visa pour l’image.


Le nerf de la guerre dans la photographie de presse, c’est la chasse aux « crédits ». On appelle « crédit » la signature du photographe qui légalement en France doit apparaître quelque part sur la publication, le plus souvent sous la photo et le plus fréquemment verticalement dans la police de caractère la plus petite possible.

Repérer une parution, c’est très souvent le seul moyen dont dispose un photographe pour apporter la preuve de son droit d’auteur et pouvoir revendiquer ses droits liés à la publication. Légalement, les publications doivent envoyer un justificatif au photographe ou à l’agence ; mais aujourd’hui, les magazines n’envoient plus guère de « papier » mais un « pdf »… Quand elles n’oublient pas !

Faire la pige

Jean Favreau remet le Prix de l’ANI que PixWays dote d’un beau chèque © Geneviève Delalot

Donc les vendeurs de photos d’agences et les photographes indépendants doivent eux-mêmes « faire la pige » (notre photo), c’est-à-dire consulter dans les kiosques, les journaux et magazines pour repérer l’utilisation de leurs images. Un travail colossal pour le « papier » et qui laisse la place à beaucoup d’omissions, et devient une gageure avec les publications « en ligne ».

Pour y remédier, des sociétés ont vu le jour. La plus importante en France est PixWays, une société créée en 2004 par Jean Favreau, un expert visionnaire en numérisation d’images depuis les années Minitel. Il a été, entre autres, consultant pour l’agence de presse Sygma et pour Corbis.

PixWays est bien connu des photographes et des agences pour son produit phare PixPalace qui, depuis dix ans, facilite la diffusion des photographies de presse et d’illustration qui sont chargées sur leurs serveurs par les producteurs (agences ou photographes) pour être à disposition des clients.

Sur cette base, PixWays a développé depuis cinq ans, un service qui, par reconnaissance des bitmap des images, est capable de dire dans quelle publication, telle photo est publiée !

« Nous recevons 150 000 scans de pages par mois, qui représentent 1200 publications : les magazines hebdos et mensuels, les quotidiens – sauf la PQR -, mais également la presse professionnelle. » explique Hervé Mariaud, cofodonteur de PixWays.

« Toutes les agences et les photographes nous envoient leurs photos qui sont introduites dans une base de données d’index. Nous regardons les similitudes d’informations informatiques. Nous arrivons à des résultats très pointus. Souvent les photos sont recadrées ou détourées, mais malgré cela, sur des photo-vignettes à peine plus grosses qu’un timbre-poste, nous arrivons à identifier l’image originale ! »

Hervé Mariaud montre un exemple : une photo minuscule de l’Arc de Triomphe… Le logiciel découvre que cette image est extraite d’une photographie dont le premier plan est occupé par un cheval, le monument n’apparaissant qu’en deuxième plan. « A première vue, en feuilletant rapidement le magazine, un commercial d’agence ne l’aurait peut-être pas repérée. » précise Hervé Mariaud. De fait, il faut être attentif pour analyser que les personnages apparaissant au pied de l’Arc de Triomphe sont bien les mêmes que sur la photo originale.

« Une soixantaine d’agences de presse est abonnée au service. Les agences peuvent visionner toutes les pages du magazine dans lequel elles ont des photos et lorsque les crédits ne sont pas à côté de la photo, nos clients peuvent feuilleter le journal pour retrouver le crédit global; comme c’est par exemple le cas dans Paris Match où les noms des agences et des photographes se trouvent rassemblés sous le sommaire. L’agence peut également faire des recherches par photographe ou pour les agences étrangères qu’elle représente. Une fois la recherche faite, nos clients ont la possibilité de rajouter des compléments d’informations puis d’exporter le résultat vers leur système de facturation. C’est un gros gain de temps pour eux !»

« Crawler » le Web !

La technologie de reconnaissance des images par les bitmap est également particulièrement intéressante pour les photographies publiées sur le web. Selon les professionnels, 70% de la surface du web sont occupés par des images dont une large proportion de « photos volées » !

Et, il n’y a pas que les blogueurs qui copient/collent n’importe quelle photographie trouvée sur Google ! «Les magazines reprennent parfois des images sur le web sans prévenir l’agence ou le photographe qui leur ont fourni des clichés haute définition pour l’impression « papier », expliquent les patrons d’agences.
Et puis, il y a toutes les publications spécialisées, ou d’entreprises qui font appel à de jeunes designers ignorant tout du droit d’auteur, ou affirmant leur ignorance…

« Nous crawlons « 30 000 sites par jour. » explique Hervé Mariaud. « Le système est intelligent. Selon ce qu’il trouve, il rajoute des sites ou en supprime. Actuellement nous sommes en période de démarrage, nous avons privilégié les sites français, mais nous allons élargir notre champ de recherche. Nous suivons la demande de nos clients.»

PixTrakk a été lancé fin 2014. L’offre est double, d’une part le traçage des images, d’autre part le suivi juridique des photographies délictueuses.

« Les clients de PixTrakk peuvent suivre les parutions sur le web sur un simple écran de navigateur. Si une photo n’a pas fait l’objet d’un contrat commercial, l’agence ou le photographe peut négocier avec le site. Et s’il n’y a pas d’accord, le client PixTrakk n’a qu’une case à cocher pour signaler la parution comme délictueuse. Ensuite le cabinet d’avocats examine l’affaire. Il va faire un constat d’huissier et une mise en demeure au contrevenant» explique Hervé Mariaud.

Pour 1000 photos à surveiller, déposées sur la base de PixTrakk et moyennant un abonnement de 99 euros par an, n’importe quel photographe peut surveiller l’utilisation de ses images et avoir accès à des recours juridiques toujours lourds à mettre en oeuvre pour un indépendant. Quand l’affaire aboutit, PixTrakk touche 40% de ce qui est récupéré après litige pour financer le système et les juristes.

A l’occasion de Visa pour l’image, la société PixWays va annoncer une offre d’abonnement gratuite de trois mois à PixTrakk pour permettre aux photographes indépendants de tester le service.

« Nous n’avons pas encore obtenu un résultat spectaculaire, mais avec ce système il y a plusieurs photographes qui ont réussi à facturer des parutions de 700 à 1000€ » précise Hervé Mariaud. Encourageant !

Getty en embuscade avec Picscout

PixTrakk n’est pas seul sur ce marché émergeant. Créé en 2002 en Israël, Picscout poursuit le même objectif mais est entré dans le giron de Getty Images depuis 2011 pour la bagatelle de 20 millions de dollars.

« On a toujours travaillé au service des photographes et des droits d’auteur » déclare Uri Lavi, general manager de Picscout qui ajoute sans ironie : « La synergie avec Getty est parfaite. Getty par sa taille et son envergure nous aide à contracter avec d’autres agences. Notre accord avec Getty n’est pas un frein. Nous agissons d’une manière indépendante. Nous avons établi une muraille de Chine entre Getty et nous. Depuis notre rachat par Getty, nous avons beaucoup augmenté le nombre de nos clients. En ce qui concerne les photographes, nous en avons plusieurs milliers comme utilisateurs. »

Leur chiffre d’affaires ? « Nous sommes une compagnie privée et nous ne publions pas les chiffres. » Habituelle opacité des sociétés américaines.

Autre concurrent : Idée Inc, une société canadienne basée à Toronto avec laquelle l’AFP a un accord. Malgré une charmante interlocutrice francophone, je n’ai pas réussi à obtenir la moindre information sur leur activité de Web crawling qui ne semble pas très importante.

Les allemands Pixray, eux sont plus coopératifs. Leurs méthodes de travail sont très proches de celle de l’équipe de Jean Favreau à Pixways. D’ailleurs les deux équipes se rencontrent à Paris, au printemps, je comprends qu’ils sont très intéressés par les marchés européens non germanophiles. Ils sont bien implantés en Autriche, Suisse et Allemagne et lorgnent sur la France et la Grande-Bretagne.

Le défi pour toutes ces sociétés c’est l’internationalisation de leur service. S’il est relativement simple de « draguer » le web mondial, il est beaucoup plus compliqué d’intervenir auprès des voleurs et/ou des négligents. Cela implique un réseau d’avocats couvrant tous les pays concernés… Et, comme ils le font tous remarquer, si en Allemagne, en Suisse, en Scandinavie l’envoi d’une lettre d’avocat est suivi d’effet, il n’en est pas de même dans les pays latins !

Il n’empêche, les photographes et les agences sont là devant de nouveaux outils qui vont se développer, s’améliorer. Pour les patrons d’agences, ces outils sont chronophages. Ils leur reprochent de ne pas être assez performants dans le filtrage des résultats. Certes. Mais, ce qui les inquiète, ne serait-ce pas plutôt que les photographes diffusés vont avoir les moyens de contrôler leurs relevés de vente ?

Michel Puech


Résultat financier de PixWays
1/12/2013 CA 1 282 486 € Résultat +279 902 €
31/12/2012 CA 1 280 149 € Résultat +252 888 €
31/12/2011 CA 1 249 K€ Résultat -1 325 K€
31/12/2010 CA 1 285 762 € Résultat – 605 451 €

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