POISON D’AVRIL : ÉDITO - Michel Sajn in LA STRADA N°311 du 1er au 22 AVRIL 2019

Ce mois d’avril est vraiment un mois pour célébrer les paradoxes ambiants, les dirigeants débiles, les révolutionnaires sans idéaux, les financiers qui ne possèdent que des matrices, les carnassiers qui se dévorent entre eux… Car le poisson d’avril ouvre avec humour le mois où les cloches, d’après la légende, se retrouvent toutes… Quelle farce morbide !

Il y a de quoi rire jaune. Cette couleur qui actuellement est celle de la colère. Ces "comiques" qui donnent des leçons et se permettent de contraindre nos vies ne peuvent plus être pris au sérieux. C’est l’heure où les enfants descendent dans les rues pour réclamer le droit de vivre et pour arrêter cette machine à fric qui dévore la Nature et va bientôt nous happer. Ils sont tout de même les premiers concernés par cet avenir apocalyptique que nous a annoncé le rapport du GIEC, et qu’annonce aussi cette montée des égoïsmes, des peurs et des refoulements qui s’expriment par l’intransigeance, la violence et la haine. On se demande comment, après un tel rapport qui prévoit notre fin, les adultes peuvent continuer leurs polémiques stériles. Mais qui a le volant ? Ne devrait-on pas installer sur un "siège parent" à l’arrière de l’auto ces géniteurs irresponsables, incapables de se projeter et de regarder plus loin que leur propre compteur… à fric.

Sans cesse me revient ce refrain visionnaire de Bashung : "C’est comment qu’on freine, je voudrais descendre de là". Alors ce Poison d’Avril est une tête de mort que chacun porte sur son dos en se moquant de ceux qui sont devant sans savoir qu’il en est de même pour lui… Quelle situation grotesque et pathétique. Face à autant de manque de "vista", on ne peut que rire… Parce que le rire est tragique et qu’il est une meilleure solution que la supplique, la révolte ou la négociation. Que tous ces dirigeants restent dans leur chambre et qu’ils soient privés de pouvoir et de télévision comme on le fait pour les enfants.

Beaucoup libèrent la parole avec 30 ans de décalage, le temps n’est plus aux "mots dits" comme Bernard Taride (cf. p. 13) aime à le répéter, mais aux "portraits crashés" de ces chefs d’État qui se prennent pour des Césars et qui ne sont en fait que de petits roitelets bien vulgaires, cupides et surtout lâches. Dans leur cercle restreint, ils jouent une partie qui se gagne au nombre de morts, jamais la leur, car leur plaisir ultime est de jouer nos vies… Perversion répugnante des lâches qui haranguent pour que les guerres se déclarent, alors qu’ils les programment pour leur seule gloire méprisable et mesquine. Arrêtons donc de vivre à leur rythme, reprenons notre temps, nous n’avons pas besoin de maître, nous n’avons pas besoin de leur inconscience, nous n’avons pas besoin d’eux… Si les peuples comprennent que sans eux, ces clowns malfaisants n’auront plus de théâtre, plus de cirque sanglant, alors, et seulement alors, ils se libéreront de cette prison qu’on leur apprend à construire, dans lesquelles ils s’enferment en tendant la clef, à travers les barreaux, à des tyrans de pacotilles qui comme les maudits, ont même perdu leur ombre. Parce qu’elle les a quittés, comme tous leurs amis.

Alors quand nous voyons que dans le monde de la Culture, celle que l’institution formate avec des campagnes de "mobilisation des acteurs culturels", on peut écrire des choses aussi débiles que faire de la recherche pour célébrer "l’incroyable richesse des déplacements à échelle humaine" en région PACA. Cette même région où l’on condamne ceux qui marchent en tongs dans la neige pour sauver leur vie, pour fuir la misère, les guerres et les changements climatiques, où ceux qui aident ces marcheurs sont traités de délinquants parce qu’ils sont solidaires … Je dis que de telles opérations sont une autre formulation irresponsable et méprisante de ce Poison d’Avril… Si pour eux, c’est comme cela qu’on crée, qu’il aillent marcher en tongs dans la neige afin de vérifier comme il est “aisé“, quand on n'a plus rien, de se déplacer sur une planète où les frontières redeviennent à nouveau cette barrière mortelle. On pourrait leur répondre qu’il est temps de célébrer "l’incroyable interdiction des déplacements à échelle humaine". Ces cadres, ces techniciens de la Culture sont en train de dévoyer la création, pour courtiser le pouvoir à qui ils doivent tout et faire marcher les poètes et les artistes en laisse. Nous ne les nommerons pas, ils se reconnaîtront, car nervis de l’institution, ils pourraient encore serrer la vis de notre liberté d’expression. Mais comme disait Boris Vian : "J’irais cracher sur leurs tombes !"

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