Œuvrer pour la Paix entre israéliens et palestiniens demande des concessions.

Au lieu de se voiler la face, de voter des budgets pour la Palestine, les camps de réfugiés et, ainsi, se donner "bonne conscience", l'issue de ce conflit injuste ne peut se résoudre qu'avec l'Europe qui doit IMPOSER un changement radical de mentalités. Le but: imposer un plan de paix dans lequel les populations palestiniennes, libanaises, jordaniennes et israéliennes seraient les bénéficiaires.

En 2003, le Quartet (UE, USA, Nations unies, Russie) publie la Feuille de route pour la paix. Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 2334 par 14 voix pour et une abstention (les États-Unis) ; cette résolution fut qualifiée d’"historique". Hélas, Israël accueillit ce vote avec mépris et annonça qu’il ne s’y conformerait pas.

Cette résolution, relative à la question de la Palestine, rappelant les résolutions 194 (garantie et droit au retour des Palestiniens qui souhaitent "vivre en paix avec leurs voisins") et les résolutions (242, 338, 446, 452, 465, 476, 478, 1397 , 1515 et 1850) qui exigent d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement ses activités de peuplement en Palestine occupée, y compris Jérusalem-Est, sont toutes restées lettre morte. Le Quartet, à part se laisser balader par Israël, a bien failli à sa mission. Quant à l’Union européenne, qu’a fait sa diplomatie afin que ces résolutions soient appliquées ? (1)

Un total exorbitant

La Palestine compte 83 donateurs bilatéraux, plus de 150 ONG internationales et 24 agences onusiennes. L’aide internationale en Palestine, dans les camps de réfugiés, dépasse l’entendement.

Aujourd’hui, 5 442 947 réfugiés palestiniens sont répartis dans 58 camps, dont 19 en Cisjordanie, 8 dans la bande de Gaza, 12 au Liban, 10 en Jordanie et 9 en Syrie. De novembre 1947 à mai 1948, plus de 780 000 Palestiniens (sur 1,4 million) furent expulsés de leurs terres par les forces armées israéliennes. 531 villages palestiniens furent détruits pendant cette période, sans compter la nouvelle vague d’expulsions lors de la guerre de 1967. Qui se soucie réellement de leur sort en 2020 ? Tout cela a un coût. Exorbitant ! Les dépenses de la communauté internationale dans la région s’élèvent à 1,645 milliard d’euros/an (montant non exhaustif) répartis comme suit :

  • Le programme alimentaire mondial de l’Onu : 547 500 € en 2018 (dont 412 000 € pour la bande de Gaza). Le coordinateur spécial de l’Onu pour le processus de paix au Moyen-Orient estime qu’environ 64,2 millions d’euros/an sont nécessaires pour l’aide humanitaire en Cisjordanie et à Gaza (Country Strategic Plan 2018-2022).
  • Les Casques bleus de la Finul (frontière sud du Liban) - Force intérimaire des Nations unies au Liban (environ 15 000 militaires et 900 effectifs civils) dont le budget est de 448,1 millions d’euros (du 1/7/2018 au 30/6/2019), et ceux stationnés sur le plateau du Golan (résolution 350 du Conseil de sécurité - accord sur le dégagement des forces israéliennes et syriennes du Golan dont le budget est de 2,5 millions d’euros (période juillet 2019/juin 2020).
  • La Mission Onust (Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve depuis 1948 ) dont le budget est de 9,3 millions pour la période juillet 2018/juin 2019. Son objectif est de surveiller les cessez-le-feu, circonscrire les incidents isolés, les empêcher de dégénérer en conflit généralisé, etc. Résultats : guerre du Kippour, guerre de 1967, etc. Belle efficacité !
  • Trois postes budgétaires de l’Onu qui s’élèvent à quelque 460 millions d’euros pour une seule année.

Et l’UE dans tout cela ? Je reprends ici sept postes essentiels, à savoir :

  • L’Instrument européen de voisinage (IEV), allocation de 315 millions d’euros/an (contribution à l’UNRWA - Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine - en 2018 et 2019 en faveur des camps de réfugiés palestiniens et programme Pegase Direct Financial Support).
  • L’Instrument contribuant à la stabilité et à la paix (IcSP) en 2020 : 34,4 millions d’euros.
  • L’aide humanitaire à la Palestine en 2019 : 22,5 millions d’euros.
  • L’Initiative de consolidation de la paix : 2 millions d’euros (2018 et 2019).
  • L’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme (IEDDH) : 1,3 million d’euros/an.
  • Le "Multiannual Action Programme" pour 2018, 2019 et 2020 en faveur de la Palestine, prélevé sur le budget général de l’Union européenne s’élève à environ 247 millions d’euros/an.
  • Le partenariat UE-UNRWA : contribution de 830 millions d’euros (2010-2016), dont 82 millions en 2020 de contribution de l’UE à l’UNRWA.

Une surdité qui dure trop

À cette liste déjà conséquente, il faut ajouter les aides bilatérales en faveur de la Palestine, dont quelque 396,4 millions d’euros/an de neuf pays européens (Allemagne, Angleterre, Belgique, Espagne, France, Finlande, Italie, Norvège, Suède).

De l’ensemble de ce 1,6 milliard d’euros, les Palestiniens ne perçoivent qu’une infime partie sans réelles retombées pour les économies locales ! Combien de temps encore resterons-nous, Européens, les bras croisés face à tant de déni, de mépris envers les Palestiniens, sourds à leurs aspirations légitimes ? Qu’en est-il des engagements pris et non tenus ?

Et pourtant, la paix, la cohabitation entre Israéliens et Arabes palestiniens est possible… à condition de le vouloir.

Œuvrer à un véritable plan de paix qui n’humilie personne, qui respecte toutes les parties est un merveilleux pari. Cela pourrait se concrétiser par la création d’une zone de libre-échange, un espace douanier qui engloberait Israël, Palestine (dans ses frontières reconnues), Jordanie et Liban. Les quelque 1,6 milliard dépensés annuellement seraient alloués pour les dix années à venir dans les infrastructures, constructions, entreprises, coopération, administration... tout ce qui accroîtrait la richesse, le bien-être des populations concernées. Et pourquoi pas sur le modèle Benelux que nous connaissons. Quel formidable effet de levier ! Si nous y ajoutons les immenses gisements de gaz découverts au large des côtes de la bande de Gaza, quelle manne pour l’État de Palestine ! Hélas, Israël en bloque l’exploitation en violation flagrante du droit international et des accords d’Oslo alors que le gisement de Gaza Marine se trouve dans les eaux territoriales de la Palestine (entre 17 et 21 miles nautiques).

S’investir ensemble dans un véritable programme de paix pourrait déboucher sur un prix Nobel de la paix attribué conjointement aux dirigeants israélien, jordaniens, libanais et palestinien qui l’auront porté. Ils entreraient dans l’Histoire pour avoir osé une paix juste.

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