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Billet de blog 4 sept. 2014

Le Christ s'est arrêté à ébola

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Moins de 10 % de la dépense mondiale de santé sont consacrés aux problèmes les plus sérieux de santé qui affectent plus de 90 % de la population du monde. Le mépris des maladies qui affectent le monde pauvre (malaria et ébola) est l'image d'une politique mondiale de la santé dominée par la primauté des profits de l'industrie pharmaceutique.

Les épidémies de fièvre ébola existent en Afrique depuis 1976 aux côtés de celles récurrentes de malaria. Si cela s'était alors passé en Europe (1), aux États-Unis ou au Japon et il y aurait eu, dès cette époque, des tentatives de découverte et de production d'un vaccin. Le problème de l'ébola est d'être, pour l'instant, une maladie d'Africains en Afrique. Quand elle a été contractée par deux professionnels Nord-américains de santé et par un missionnaire espagnol, le monde occidental a commencé à se mobiliser parce qu'avec la multiplication des échanges entre pays et continents, il a été gagné par la crainte.

La Banque mondiale a avancé 200 millions de dollars pour les quatre pays africains les plus affectés et Obama a promis, dans un sommet avec cinquante leaders de ce continent, d'attribuer 33 milliards de dollars d'aide aux économies africaines. Cela semble une forme d'humour extrêmement déplacée car les pays « développés » avaient imposé, entre 2012 et 2014, une réduction de moitié du budget de l'Organisation Mondiale de Santé consacré à la lutte contre les épidémies. L'argent promis pour la Banque mondiale est un simple sparadrap sur une blessure ouverte par les programmes d'ajustement structurels que l'OMS, avec le FMI, a imposé à ces pays africains dans les années quatre-vingt, multipliant la pauvreté et rendant les services publics (donc ceux de santé) incapables de gérer la santé des populations.

Les quelques deux mille africains sans noms et sans visages victimes de l'actuelle épidémie n'ayant suscité qu'articles de journaux et commentaires politiques larmoyants , il a alors suffi que la fièvre touche un missionnaire espagnol et deux professionnels de santé nord-américains pour provoquer une réaction. Ce fut alors l'indice qu'au delà du danger pour nos sociétés occidentales il y avait là un marché en devenir stimulant pour les groupes pharmaceutiques Les marques d'intérêts des laboratoires pharmaceutiques ne s'éveillent qu'à l'odeur de marchés et de bénéfices possibles, pas de l'apparition de foyers épidémiques ponctuels...encore moins si les populations affectées sont guinéennes ou libériennes.

Pour cacher cela on a médiatisé la rapidité de la mobilisation de moyens -avions sanitaires et distribution de médicaments (sans licences)- mis en oeuvre par les gouvernements espagnols et américains pour sauver leurs ressortissants. Mais il n'a pas été dit, par exemple, que l'avion qui a ramené Miguel Pajares et une autre religieuse espagnole à Madrid a négligé de transporter deux missionnaires, un Congolais et un Guinéen, soignants dans le même hôpital et que plus des centaines de médecins, d'infirmier(e)s et d'aide-soignant(e)s africains ont été victimes de l'épidémie. (2)

Les millions promis par Obama ne le sont pas pour favoriser le droit à la santé du libériens ou des guinéens, ni pour améliorer leur bien-être, mais sont un geste de politique intérieure adressé à la population nord-américaine paniquée par le risque de contagion. L'aide publique au développement cache avec cynisme une volonté de prévenir des supposés désordres que pourraient apporter la populations des pays pauvres au mode de vie des pays occidentaux par l'intrusion de certains d'entre eux dans nos sociétés. Comme c'est arrivé pour le sida, la fièvre ébola devra toucher au cœur la population de nos villes et de nos pays pour que, finalement, la connaissance scientifique existante soit mise au service de ceux qui souffrent. Aujourd'hui, la peur de la fièvre ébola, comme l'est devenue celle du terrorisme (3), deviendra une des excuses du monde occidental pour intensifier la lutte contre l'immigration et s'enfermer dans le bunker de son confort.

(1) en Europe, par exemple, même si on ne connaît que ceux entraînant le décès de personnes célèbres (Fausto Coppi en 1960, Philippe Constantin en 1996), les cas de malaria ne sont qu'individuels

(2)-http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/09/04/ebola-touche-particulierement-les-medecins-et-infirmiers_4482059_4355770.html

(3)-http://actu.orange.fr/monde/londres-un-corps-de-femme-retrouve-decapite-affirment-des-medias-afp-s_CNT0000003UfU6.html

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