Soutenir la création d’emplois à Paris : quelques idées à considérer

La création d’emplois en France, et notamment à Paris, est au cœur de toute politique économique. C’est un enjeu crucial à bien des égards : lutte contre le chômage et la pauvreté, insertion sociale, croissance économique, attractivité des territoires, etc.

Paris, centre névralgique de l’économie française, peine aujourd’hui à créer tous les emplois nécessaires pour satisfaire des besoins pourtant bien réels. C'est une ville de contradictions : 1 Français sur 4 travaille en Ile-de-France et pourtant Paris est plus touchée par le chômage, la pauvreté, et le taux d’emploi y est plus faible qu’en région. Quels sont les gisements à exploiter ? Les perspectives de création d’emplois à court terme ? Voici quelques idées sur le sujet, échangées au cours d’un café politique auquel j’étais conviée par Florence Berthout, maire du 5e arrondissement et présidente du groupe LR au Conseil de Paris.

Pour avancer un chiffre parlant, Paris représente 1,8 million d’emplois. Dressons le portrait-robot de la main d’œuvre parisienne : elle est hautement qualifiée, regroupant à elle seule 37% des cadres de l’Hexagone, et le secteur tertiaire y est majoritairement représenté avec plus de 85% des emplois de la capitale, contre 74% en Province. Le parisien est donc le plus souvent un cadre qualifié, bien payé, qui occupe un emploi stable dans le secteur tertiaire. Si cette information est clé, elle ne doit pas faire perdre de vue que Paris est aussi la capitale des paradoxes avec un taux de chômage de 12%, plus élevé que la moyenne de l’Ile-de-France, estimée à 9%, et une croissance de la création d’emplois de 13% seulement, contre 59% pour la région. Enfin, Paris reste malheureusement une terre d’inégalités. Même si c’est à Paris qu’on trouve les salaires les plus hauts, c’est aussi là que le taux de pauvreté est supérieur à la moyenne nationale : 16,4% contre 14,2% pour le reste du territoire. Cette situation n’est pourtant pas une fatalité et de nombreuses pistes peuvent être envisagées, je vous en propose ici quelques-unes qui, à mon sens, mériteraient qu’on leur  prête une attention toute particulière.

 

  • Investir dans l'entrepreneuriat, c’est investir directement dans la création d’emplois

Paris est une ville très attractive pour les entrepreneurs. Ils ont à leur disposition de nombreux incubateurs, dont le plus grand incubateur au monde : Station F (13ème arrondissement).

Vous vous représentez peut-être les startupers comme de jeunes diplômés entre 25 et 35 ans, fonctionnant en tous petits effectifs, mais pensez à tous ceux qui, comme Deliveroo ou Epicery et tant d’autres, ont contribué par leurs applications à raviver le petit commerce, à créer des emplois à Paris et dans toute l’Ile-de-de France. Pensez à toutes les applications qui contribuent, notamment dans le secteur des services à la personne, à mettre en contact des familles et des nounous, des aides ménagères, des infirmières, des professeurs particuliers, etc. Il s’agit d’un véritable gisement d’emplois dans un secteur où la demande est en forte croissance.

Un autre chiffre intéressant à garder en tête puisqu’on parle des start-ups qui inventent pour certaines les métiers de demain : 30% des emplois qui existeront dans 20 ans nous sont aujourd’hui totalement inconnus. Ainsi, les grands groupes ont besoin de développer des synergies avec les start-ups pour rester connectés à  leur marché dans une ère où la mondialisation, la digitalisation des métiers traditionnels et l’innovation se sont accélérées et diversifiées. Elles se traduisent aujourd’hui à la fois par des opportunités nouvelles de croissance, qui doivent être saisies rapidement, mais aussi par une intensification de la concurrence dans tous les secteurs. Dans un monde en profonde mutation, ces collaborations pourraient jouer un rôle de stabilisation, d’intégration, mais surtout, de création de valeurs et d’emplois.

Aujourd’hui il s’agit peut-être d’investir davantage de moyens pour soutenir ces start-ups, tout spécialement  après leur phase d’incubation, qui peut s’avérer être une étape difficile. Pourquoi ne pas imaginer un modèle de maturateur accompagné de mesures incitatives visant à favoriser ces coopérations ? 

 

  • Libéraliser le petit commerce et faire de Paris une Zone Touristique Internationale (ZTI)

Pour stimuler la création d’emplois, une des mesures fortes portée par Les Républicains au Conseil de Paris est la généralisation du statut de ZTI à toute la ville de Paris. Aujourd’hui ces zones sont limitées à certains quartiers précis, alors que l’ensemble des petits commerces gagnerait à bénéficier de cette mesure de flexibilité. Pour créer des emplois, il est nécessaire de libéraliser l’activité des commerces. C’est d’autant plus crucial dans une ville aussi attractive et touristique que Paris. Il a d’ailleurs été démontré à plusieurs reprises que l’ouverture des commerces le dimanche permettait un accroissement significatif du chiffre d’affaires par rapport aux autres jours de la semaine, tout en générant de nouvelles offres commerciales et en favorisant la création d’emplois indirects (nettoyage, sécurité, etc.). Notons que de nombreux salariés et étudiants sont eux-mêmes désireux de bénéficier de cette flexibilité et de ses bénéfices (possibilité d'accéder à un temps partiel choisi, heures majorées en termes de rémunération, etc.). Pourquoi se priver d’un tel aménagement, susceptible de nourrir le dynamisme de la capitale, son attractivité touristique et l’emploi, tout cela sans coût supplémentaire pour les autorités publiques ?

 

  • L’incertitude liée au Brexit profitera à Paris

Paris séduit aussi de plus en plus d’investisseurs étrangers. Une étude récente d’EY révèle que plus de 500 dirigeants internationaux préfèrent aujourd’hui Paris à la capitale britannique, et qu’en 2017 les investissements directs étrangers ont augmenté de manière très significative à Paris. Ce sont là, entre autres, les premiers effets mesurables du Brexit. Que ce dernier se révèle hard ou soft dans les mois et les années à venir, la victoire revient pour le moment à l’incertitude. Or, les marchés détestent l’incertitude. Pour Paris, le Brexit est déjà la promesse de nombreux retours de compatriotes et sièges sociaux d’entreprises européennes, du transfert de l’autorité bancaire européenne (EBA), et du redéploiement à Paris de près de 2 500 emplois. Dans ce contexte, c’est davantage vers Francfort que Paris doit aujourd’hui tourner son regard, car la capitale économique allemande est la principale concurrente de Paris pour bénéficier des effets du Brexit.   

 

  • Le Grand Paris

Il serait difficile de ne pas dire ici un mot sur le Grand Paris. Le projet en lui-même promet une véritable révolution pour les parisiens et tous les résidents d’Ile-de-France, mais quelques réserves doivent être émises. En effet, le dérapage actuel du projet en matière de financement (on parle d’un trou de 250 millions d’euros chaque année !) pourrait conduire les autorités à un relèvement de la fiscalité locale, notamment des entreprises, en vue de le financer. Attention à l’effet contre-productif d’une telle mesure, qui pourrait légitimement faire fuir les entreprises, en particulier les entreprises  étrangères. Rappelons que la France reste un des pays d’Europe où la fiscalité des entreprises est la plus lourde…

 

Le débat est ouvert !

 

Encore un grand merci à Florence Berthout de m’avoir donné l’occasion de participer aux échanges du 12 juin dernier sur la création d’emplois à Paris, ainsi qu’à Agnès Evren, Catherine Lecuyer, Michael Miguiere et à tous les organisateurs et participants de cet événement.

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