The ENCOUNTER au Théâtre de l'Odéon

« The Encounter » (La rencontre) D’après « Amazon Beaming » de Petru Popescu Un spectacle de Complicité/Simon McBurney Avec Simon McBurney

 

Oui, il s’agit bien d’une rencontre. Une rencontre entre des mondes, des êtres, des époques, des temps. Une rencontre avec Simon McBurney, ses fantômes, ses personnages qui ont existé et ces peuples non contactés de la forêt amazonienne, les Mayoruna.

Une mise en scène d’une inventivité à laisser place au seul imaginaire.

Simon McBurney est seul sur scène avec pour tout décor un bureau, des bouteilles d’eau, des micros et tout ce qui a trait au son. Des bandes noires, emmêlées, sorties des boîtiers de vieilles cassettes vhs, où autrefois l’image, gisent pêle-mêle dans un carton. Au fond de la scène, une immense paroi sombre. L’entrée d’un monde à pénétrer ?

Au milieu de cette vastitude, Simon nous raconte une histoire, celle d’un homme, le photographe-reporter Loren McIntyre qui s’enfonça dans la forêt amazonienne dans les années 70 et rencontra les Mayoruna…Une histoire qui tire un fil, un fil où le temps devient autre.

On pénètre un univers inconnu. On est au cœur de la nature. Aucune image ne nous la montre. La forêt est vivante, via des sons, des bruitages. Des voix sortent de nos casques, attachés et reliés à nos sièges. Tout est lié. Rien n’est visible. Tout, pourtant là, incarné dans la peau, dans la voix de Simon McBurney : les Mayoruna, Loren, l’écrivain Petru Popescu à qui Loren raconta son histoire et qui en fit un livre. Ce livre dont est parti Simon McBurney pour nous offrir cette magnifique performance et qui à son tour nous raconte. Tout est relié. Tout fusionne. Intemporalité des mondes, des traversées.

Magistrale mise en scène sonore, en nos temps où l’image omniprésente …Dès le début, l’image est sortie de sa coque pour laisser place au seul imaginaire. 

Au fil du récit, on apprend que Loren perd son appareil photo dans cette gigantesque forêt. Que faire…sans l’image ? Il faut la chercher. Ailleurs. La transformer, l’effacer pour se retrouver, pour retrouver la genèse du monde. Reste le son. Il devient ce fil qui va nous conduire. Un lien vital. Ces sons finissent par devenir nos sens.

Revenir à la source…Au commencement. Communiquer avec une langue que l’on n’a pas apprise, mais que l'on comprend car elle est en nous…En nos mémoires. La force vive des anciens n’est plus un conte, une histoire racontée, elle devient sensitive. On est concerné.

Le magnifique lieu qu’est l’Odéon cède peu à peu sa place à un autre monde. Par moments, il fait noir. Il y a des éclairs. Des voix. Des présences. Tout se perd dans les sons, dans la/les voix, dans ce corps qui traverse la scène, seul, mais si profondément accompagné par ce que notre ouïe reçoit et qui finit par pleinement s’incarner en notre imaginaire.

Par moments, l’homme sur scène revient à son temps. Il est chez lui. Dans une autre pièce, sa fille (elle aussi une voix). Elle a du mal à trouver le sommeil. Elle vient interrompre son récit et l’oblige à ne plus être un autre personnage que ce père. Elle veut, elle aussi, qu’il lui raconte une histoire. Elle l’interroge. Tout interroge.

Revenir à la source. Briser nos chaînes. Là où l’illusion consumériste et les connexions technologiques nous entraînent sur de fausses pistes. Les gardiens de la forêt, eux savent ce que nous avons perdu en vivant dans le monde dit « civilisé ». La nature, nous la détruisons ; alors qu’eux parlent avec elle. La forêt est la conscience des mondes. Ici, la technique est au service de la nature. Elle nous la restitue en son essence.

Pour avancer vers le commencement, ces peuples non contactés brûlent tout ce qui faisait leur histoire du moment. Pour partir ailleurs, ils n’emportent rien. Ils détruisent les huttes qui les avaient protégés et qu’ils avaient de leurs mains construites. Briser les chaînes pour sortir du temps…Pour se libérer de quelque chose qui nous empêche de véritablement voir tout ce que la nature nous raconte et que l’on n’entend pas, que l’on n’entend plus ou que l’on n’a peut-être jamais entendu.

Quitter ce temps. Effacer le connu pour retrouver. Mais quoi ? Il faut tout laisser, se délester, pour le savoir. Le temps s’efface là où l’instant devient éternité. Á moins que le temps n’existe que par nos chaînes. Sortir du temps. Briser les chaînes. Est-ce cela ou autre chose ? 

Magnifique moment de théâtre où l’innovant nous pousse à revoir « tout » autrement et qui interroge notre conscience. Un très bel hommage aux peuples non contactés, à la forêt, à la nature.

Il ne faut surtout pas laisser cet instant sur les seuls fauteuils de ce théâtre, une fois les casques éteints.  

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