Faut-il se sentir "coupable" de trouver génial le film "J'accuse" !

Faut-il se sentir « coupable » si l’on est une femme de trouver génial le film « J’accuse » de Roman Polanski ?

Faut-il se sentir « coupable » si l’on est une femme cinéphile qui ne souhaite pas mélanger les « mondes » lorsqu’elle vient découvrir une œuvre de fiction ? Une femme qui sait qui est dans la réalité le réalisateur de cette œuvre de fiction basée sur des faits réels.

Si la libération de la parole des femmes est indéniablement une très bonne chose, que d’autres femmes utilisent cette parole pour bâillonner une œuvre qui n’est en rien répréhensible en son contenu et qui est plus que nécessaire en ces temps où la montée des extrêmes droites est un réel danger … Cela pose question !

Où mettre le curseur pour ne pas se sentir « coupable » et être accusée de « complicité », comme le scandait les pancartes de celles qui ont empêché l’avant-première du 12 novembre au cinéma Le Champo ? Un cinéma indépendant d’Art et Essai !

Empêcher ainsi la projection d’une œuvre n’est pas boycotter une œuvre… C’est une forme de censure.

Lorsque sont brandies des pancartes « Cinémas coupables. Public complice », il se passe quelque chose qui n’est pas à la bonne place et l’on ne se sent nullement représentée en tant que femme ; alors que l’on est totalement solidaire de la parole de ces femmes qui ont parlé.

Oser dire qu’il y a quelque chose qui dérange dans la forme, alors que l’on adhère au fond… Cela fait-il de nous « une coupable » ?  

Que seule la justice fasse son travail pour rendre justice à toutes ces femmes. Et si cette justice ne fait pas son travail, qu’il y ait un débat et que les media soient là, à la bonne place pour aider à ce débat. Mais si la place publique et médiatique se substitue à la justice… Cela interroge, pose problème et ouvre une porte où tout peut s’y engouffrer.  

Qu’il y ait débat autour d’un créateur dont les actes sont répréhensibles : oui. Qu’il y ait justice pour les victimes : oui. Qu’il y ait censure autour d’une œuvre : non !!

Ceux qui assistent à la projection de « J’accuse » savent qui était Alfred Dreyfus et qui est Roman Polanski. Ils savent aussi que leur histoire n’est pas interchangeable.

Vouloir qu’une œuvre dont le contenu est louable et sa qualité artistique indéniable soit censurée est une erreur en ces temps où la montée des extrêmes droites se mettent à prôner à visage découvert haut et fort les immondices que l’on croyait enfermés à jamais dans les greniers de la seconde guerre.

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