Vilhelm HAMMERSHOI au Musée Jacquemart-André

Première rencontre avec le maître de la peinture danoise Vilhelm Hammershoi (1864-1916). 

Une austérité baignée d’une lumière…"salvatrice".

Splendeur du nord. On retrouve les signes inhérents à cette lumière particulière. La brèche est ouverte. Elle révèle la puissance d’une énergie vitale. Cette lumière émousse l’austérité des corps, du décor. Un décor dont le cinéaste Carl Theodor Dreyer a su si bien peindre l’atmosphère. Elle résonne dans les toiles d’Hammershoi. 

Écho lointain d’un même regard, sur une même terre. Un même moule dont les créateurs cherchent à s’émanciper. Tenter de redonner un souffle que le poids du religieux a endigué. 

Omniprésence de cette rigueur protestante. Inflexible. À enfermer l’homme dans la culpabilité d’être un corps. Une chair vivante. Impitoyable divin que l’homme s’est infligé à lui-même comme sentence punitive pour le seul fait d’avoir une nature qui exhale de désirs charnels. 

Se tourner vers une lumière échappatoire…Créatrice.

Qu’y a-t-il derrière cette lumière ? L’aveuglement des illusions ? Le salut dont les rêves regorgent sans que l’homme ne sache pourquoi, ni de quoi il doit être sauvé ?

Hammershoi a su donner à cette lumière la pureté d’une aube vers laquelle les espoirs de l’homme « déchu » semblent retrouver la silhouette d’une essence familière. 

Un magnifique travail où l’épure devient un espace libre, ouvert. 

« Poésie sans vers » 

Quiétude d’un quotidien peint où le silence et la solitude cherchent aussi à dire autre chose. 

Hammershoi aurait-il trouvé le point de jonction de ces mondes où l’abstraction et le réel d’instinct fusionnent ?

Infranchissables frontières que tissent toutes les veines du visible. Apprendre à regarder vers l’intérieur.  

Poésie du vide

Création du silence

Épure

 

Les masques sont là

Et rien ne tombe

 

Les masques sont des trompe-l’œil 

Qui s’ouvrent vers l’intérieur

Précurseurs...Ils furent si nombreux au bûcher, condamnés par les autoproclamés du sacré. Les dogmes religieux ont annexé la mort et par ricochet le corps. Une mort devenue leur territoire. 

Ils ordonnent, légifèrent à leurs manières, prononcent au nom de dieu… Quel dieu digne de ce nom aurait créé pour emprisonner son œuvre dans sa propre matière, à la maudire dès qu’elle se met à simplement vivre ? 

Tant qu’il y aura des créateurs, les portes s’ouvriront, les chaînes tomberont et les dieux s’endormiront. 

Oser…Contre vents et marées. Oser…Contre toutes les malédictions inventées. Oser…Contre tous ceux qui nous ont imposé une lecture unique de notre monde aux pages plurielles. 

Il y a dans une des toiles d’Hammershoi intitulée « La porte blanche » l’entrée de mondes nouveaux. D’une porte l’autre…Une invitation à l’exploration. Sous les fibres du pinceau il y a pléthore de possibles chemins. Pousser cette porte d’une opacité lumineuse. Traverser. Et les yeux fermés…entrevoir. 

Le génie du peintre devient un bal masqué qui révèle des visages et des corps dissimulés. 

Dépasser l’épiderme du pinceau et pousser la porte blanche…À percevoir dans la pilosité pubienne des corps nus de ces femmes d’un autre siècle, la silhouette esquissée d’un pénis. À faire de cette nudité un trompe-l’œil androgyne laissant ouvertes toutes les lectures qu’inspirent ces corps entoilés.

 

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