Quand le journaliste Paul Marchand nous rappelle le sens du mot... vérité !

Impressionnée par le film de Guillaume de Fontenay « Sympathie pour le diable », réalisé à partir du livre de Paul Marchand, journaliste grand reporter de guerre, la lecture de ce livre s’imposait.

L’écriture est magnifique, sans concession, d’une véracité et d’une authenticité rares. Un livre d’une puissance où la poésie, sans fioriture, devient la balle du sniper, les viscères des morts, un bouclier contre cette même mort. Un livre dont l’encre prend aussitôt la couleur du sang répandu ; où les mots deviennent des armes qui tirent à bout portant.  

Paul Marchand trempe sa plume dans les chairs putrides de la mort et de tous ces corps en décomposition qui jalonnent les pages de ce livre.

Une plongée de l’être en son entier dans cet indescriptible que très peu osent approcher... au plus juste, au plus près, au plus vrai de cette insupportable vérité.

« Ces valeureux des bunkers d’hôtels cultivaient sans honte leur virtuosité qui se résumait à parler de ce qu’ils n’avaient pas vu, de ce qu’ils ne savaient pas… »  Dit-il à propos de certains de ses confrères lors du siège de Sarajevo.

Un livre bouleversant qui nous entraîne dans les charniers où les corps décharnés, éclatés, entremêlés, rendent aussitôt périssables toutes « les croyances » qui conduisent à ces guerres.

Un livre qui rend aussi hommage à tous ces anonymes qui survivent dans cet enfer et que le journaliste a rencontré au fil de ses infernales traversées.

Non, il n’y a pas de mot pour décrire tout cela : « L’horreur, ça se ressent, ça se visite, on s’en imprègne, mais elle ne se raconte pas. La décrire est un exercice perdu d’avance. »

Les mots de Paul Marchand sont percutants, pertinents, d’une profonde clairvoyance et d’une terrifiante universalité. Chaque ligne de ce livre nous fait nous mesurer à cette mort omniprésente qu’engendrent les guerres… Comme si cette mort-là était une « personne vivante » ! À faire de ce combat perpétuel contre elle, « une hygiène » nécessaire pour redonner sens et dignité au mot vérité face à l’actualité.

Et puis il y a la lucidité d’un autre réel… L’indifférence du monde. Lorsque Paul Marchand est à Sarajevo, il parle de son travail de journaliste comme de « l’ère de l’inutilité ».

« Nous n’étions plus des journalistes, mais des soupapes de sécurité pour nos pays baignant dans la paix. » (…) « … nous avions comme seule utilité une fonction sociale d’apaisement collectif. » (…) « Notre mission de journaliste était pleinement remplie quand l’un de ces démunis, éteignant sa télévision ou sa radio, repliant son journal, soupirait d’aise en se disant que « tout compte fait… ». (…) « Vues de l’enfer, nos sociétés peuvent ressembler au paradis… »

Tant qu’il y aura de vrais journalistes, même si Paul Marchand s’en défend, car il a aussi cette honnêteté-là, les hommes demeureront debout et la vérité sur l’état réel du monde nous parviendra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.